INFO EN CONTINU :
Affaires Johannes Aimé Derrick GOUDINA : La SCPA Robert M. DOSSOU sonne l’alerte après sa… Recrutement de 150 fonctionnaires des Douanes au titre de l'année 2024 : La visite médica… Parole libérée à Cotonou : D’une solidarité africaine aux actions pour les migrantes Forum sur la migration féminine : L’Appel de Cotonou engage l’Afrique Dialogue régional majeur à Cotonou : La Plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin… Forum régional au Bénin : la Plateforme multi-acteurs brise le silence des migrantes Forum régional sur la migration féminine à Cotonou : Un espace régional de dialogue s’ouv… Diplomatie : Le Canada ouvre officiellement sa première ambassade résidente au Bénin Vision Bénin 2060 : Le Conseil National de l'Éducation mise sur les filières scientifique… Cité de Ouèdo à Abomey-Calavi : Le Gouvernement construit 60 nouvelles salles de classe a…
15/08/2026
PARTAGER f 𝕏 in

BLOG

Loi sur la restitution d’œuvres africaines : «Il était temps», selon Souleymane Bachir Diagne

Par Administrateur · 20/04/2026 · 5 min de lecture
Loi sur la restitution d’œuvres africaines : «Il était temps», selon Souleymane Bachir Diagne

« Une loi attendue dans le monde entier », voilà comment la ministre française de la Culture, Catherine Pégard, qualifie le texte pour faciliter les restitutions d’œuvres pillées pendant la colonisation. Le projet de loi a été adopté ce lundi 13 avril 2026 à l’Assemblée nationale. Il permettrait de passer désormais par décret, plutôt que par une loi spécifique à chaque restitution. Et les musées vont avoir un rôle majeur à jouer, souligne le philosophe sénégalais Souleymane Bachir Diagne, professeur émérite à l’université Columbia à New York. Il est l’invité de Charlotte Idrac.

 

RFI : Que pensez-vous de ce texte sur les restitutions qui vient d'être adopté à l'Assemblée en France ?

Souleymane Bachir Diagne : Il était temps. Ce texte lève une restriction qui permettait jusqu'à présent, devant des demandes de restitutions, de dire : « Écoutez, il y a un principe d'inaliénabilité, donc on ne touche pas, on ne soulève pas la question. » Donc, maintenant, le champ est libre, si vous voulez. Cela veut dire que des négociations peuvent s'engager entre, je dirais, des acteurs sur le terrain. Un musée français, un musée africain ou des musées du Nord à un musée du Sud, à la condition, bien entendu d'établir une liste de demandes fondées aussi sur des recherches de provenances.

Est-ce que vous pensez qu'avec cette loi, on va aller vers une multitude de demandes de restitution de la part des pays ou des musées ?

Je ne vois pas des demandes énormes se profiler pour une raison très simple : les restitutions qui ont déjà eu lieu ont concerné des objets qui avaient été pillés à la suite d'expéditions coloniales extrêmement violentes. Celle qui a mis fin, par exemple, au dernier royaume du Dahomey, le royaume du roi Béhanzin, ou celle par les Britanniques qui a saccagé et détruit Benin City, les fameux Bronzes du Bénin qui se retrouvent partout dans le monde aujourd'hui. Celles-là étaient des œuvres qu'il était facile d'identifier et il fallait à tout prix évidemment les restituer comme réparation. Il y a des tas d'autres œuvres qui se retrouvent dans les musées, et souvent d'ailleurs dans des réserves. Et donc il y a matière à faire des recherches patientes, scientifiques, de provenances. Toutes les œuvres ne sont pas des œuvres qui ont été arrachées par la violence. Par conséquent, l'idée qu'il y aurait maintenant des listes en attente avec des milliers et des milliers d'objets présentés comme une forme, une sorte d'addition par les États africains, je ne vois pas cela arriver.

Est-ce que, selon vous, il faut tout restituer ?

Alors c'est là que s'engagent les négociations. Dire qu'il faut tout restituer, c'est tomber dans un identitarisme qui consisterait à dire en gros chacun chez soi, rentrez à la maison. Que toutes les œuvres qui ont été produites par des humains se retrouvent dans les aires culturelles qui les ont produites, et puis voilà. Je ne le crois pas. Il existe aujourd'hui des musées qu'on peut appeler des musées universels, c'est-à-dire des musées qui ont vocation à présenter la créativité de l'humanité dans son ensemble.

Par exemple ?

Aujourd'hui, le Louvre est devenu un musée vraiment universel, où il n'y a pas simplement les œuvres de l'Europe ou des œuvres dont on estime qu'elles ont préparé la créativité européenne, comme les œuvres égyptiennes ou les œuvres de Mésopotamie. Il y a aussi les œuvres des quatre autres continents, et c'est la raison pour laquelle vous avez la galerie des cinq continents. Vous avez le musée du Louvre-Lens qui est dans cette dynamique également. Vous avez le Metropolitan Museum à New York, que je connais bien.

Cette question des restitutions, finalement, elle touche pour vous, à la manière dont on conçoit aujourd'hui les musées ?

Absolument. Je crois que cette question de la restitution n'est pas simplement un transvasement, ce n'est pas simplement un voyage retour des objets. L’art africain a été véritablement à l'origine de la grande révolution artistique du XXᵉ siècle. Donc, il est tout à fait naturel que cet art africain ait toute la place qui lui revient dans les musées, dans les grandes capitales cosmopolites comme New York ou Paris ou Saint-Pétersbourg, etc.

Dans le camp des critiques, il y avait, ou il y a, cet argument que les pays d'origine n'auraient pas Les infrastructures muséales adaptées pour les restitutions d'œuvres. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Eh bien, c'est une excellente occasion pour qu'une coopération s'installe entre musées du Nord et musées du Sud. Et les premiers pas, c'est peut-être aider aussi à l'édification d'un musée au sud qui puisse recevoir non seulement les œuvres qui seraient éventuellement restituées, mais également des œuvres d'autres époques, d'autres continents, de telle sorte que, grâce à la circulation internationale, les musées universels se développent aussi dans ce que l'on appelle le sud global.

Donc une circulation, un dialogue, entre des œuvres ?

Tout à fait un dialogue des œuvres entre elles. D'abord, ouvrir les musées avec des prêts, ce serait une excellente manière de procéder et de faire en sorte que les œuvres dont il est question, lorsqu'on pose le problème des restitutions, ne soient pas des œuvres qui divisent, mais des œuvres qui réunissent.

Le cycle de rencontres « Restitutions : Une autre définition du monde » co-conçu et animé par Valérie Nivelon (RFI), avec la participation de Souleymane Diagne et de Marie-Cécile Zinsou, historienne de l’art et présidente de la Fondation Zinsou

Commentaires (0)

Aucun commentaire pour le moment. Soyez le premier à réagir.

Laisser un commentaire