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Il est des questions qui, à force d’être posées, deviennent presque ridicules tant leur réponse semble évidente, et pourtant, elles persistent comme des ombres tenaces dans le tableau morne de nos sociétés en déliquescence : comment former le citoyen de demain ? La formule elle-même, empreinte de naïveté ou de cynisme, suppose qu’il en existe un, un citoyen en devenir, capable de s’émanciper, de se surpasser, de bâtir un avenir autre que celui qu’on lui tend à coups de propagande et de slogans creux. Mais à quoi bon se perdre en conjectures si l’état actuel de notre monde illustre, à chaque instant, la faillite de cette prétendue formation ?

Posons d’emblée la question qui fâche : sommes-nous réellement en train de former des citoyens ? Ou assistons-nous plutôt, impuissants, à une fabrication de consommateurs, d’individus passifs, formatés pour obéir, pour consommer, pour oublier ? La réponse est sans appel : nous sommes en pleine déchéance, et cette déchéance ne concerne pas seulement l’éducation, mais l’âme même de notre civilisation. Que faire alors ? Pousser cette interrogation à ses extrêmes, pour dévoiler l’étendue du désastre.

Le système éducatif, tel qu’il est actuellement structuré, est-il conçu pour former des citoyens ou des sujets dociles ? Que reste-t-il de la transmission de valeurs, de la pensée critique, du sens de la responsabilité ? Tout se réduit à une course effrénée vers des diplômes, des certifications, des statistiques de réussite — autant d’outils pour légitimer une illusion de progrès, alors que la formation d’un vrai citoyen, d’un être pensant et engagé, est reléguée au rang d’anecdote. Qu’attend-on de l’école ? La fabrication de clones conformes à une norme, ou la révélation d’individus capables de penser par eux-mêmes ? La réponse est là, à portée de main, dans le vide sidéral qui caractérise l’enseignement d’aujourd’hui : un vide rempli de programmes, de notes, de contrôles, mais dénué de toute substance humaine.

Et que dire de cette culture de l’immédiateté qui gangrène nos sociétés ? La jeunesse, aujourd’hui, n’apprend plus à réfléchir, à analyser, à questionner. Elle se contente de consommer de l’information comme on dévore un fast-food intellectuel, sans jamais s’interroger sur la vérité, sans chercher à comprendre. La curiosité est morte, remplacée par une superficialité déconcertante. La question qui s’impose alors est la suivante : comment former un citoyen capable de discernement, alors que son propre environnement lui enseigne la facilité, l’indifférence, la superficialité ? N’est-ce pas là le vrai défi : faire renaître en lui la soif de connaissance, la passion de la réflexion, le sens critique ? Ou sommes-nous déjà trop tard ?

Il faut encore évoquer la question de la morale, de l’éthique, de la responsabilité. Quelles valeurs transmettons-nous à cette jeunesse ? La solidarité ? La justice ? La loyauté ? Autant de concepts que l’on voit s’effriter dans une société où l’individualisme triomphe et où la course au profit écrase tout. La formation du citoyen, c’est aussi cela : lui transmettre une boussole, une capacité à se remettre en question, à défendre ses convictions tout en respectant celles des autres. Mais comment espérer cela dans un monde où l’égoïsme est roi, où la démagogie et le populisme font la loi ? La question n’est pas seulement de former, mais de désigner une orientation, une direction. Or, cette direction elle-même est perdue dans un brouillard de cynisme et de déliquescence morale.

Et que dire de cette société médiatique, qui ne fait que renforcer la superficialité, qui banalise la haine, l’intolérance, l’ignorance ? Comment former un citoyen critique face à un torrent d’informations tronquées, de discours haineux et de désinformation ? La formation à la citoyenneté ne devrait-elle pas commencer par une éducation à la médiation, à l’analyse des médias, à la compréhension des enjeux ? Mais où trouver des éducateurs capables de transmettre cette capacité de discernement, quand ceux qui devraient enseigner sont eux-mêmes victimes de la décadence ambiante ?

Posons enfin cette question ultime : qui veut vraiment former un citoyen ? N’est-ce pas plutôt une industrie, un marché, qui privilégie la production de masse d’individus conformes, malléables, peu enclins à la révolte ou à la réflexion profonde ? La formation, dans cette optique, n’est qu’un outil pour maintenir l’ordre établi, pour garantir la pérennité d’un système qui se nourrit de l’abrutissement collectif. La véritable formation du citoyen de demain ne serait-elle pas une révolution intérieure, une remise en question radicale de nos paradigmes, une inversion des valeurs ?

En somme, la question « comment former le citoyen de demain ? » n’est qu’un leurre, une illusion que l’on se répète pour masquer l’échec abyssal de nos sociétés. La réponse est peut-être là, dans l’aveu de notre incapacité collective à éduquer, à transmettre, à inspirer. Peut-être faut-il cesser de rêver d’un citoyen parfait, pour se concentrer sur la nécessité de cultiver en chacun la conscience de sa propre ignorance, de sa propre faillibilité. Car c’est là, dans cette humilité radicale, que pourrait naître cette transformation tant espérée.

Ce n’est pas en chantant les louanges de l’éducation qu’on parviendra à sauver ce qui demeure. C’est en dénonçant, en confrontant, en questionnant, que l’on pourra peut-être, un jour, espérer voir éclore un citoyen digne de ce nom. Mais, à l’heure qu’il est, la question reste sans réponse, et notre avenir s’assombrit dans un silence lourd de défaite. La formation du citoyen de demain, si elle a encore un sens, doit commencer par une critique acerbe de notre propre faillite. Le reste n’est que vain espoir.

Hugues Hector ZOGO

 

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