Repères Impacts,
Informer pour la Paix !

Il est peut-être quatre heures du matin lorsqu’il se réveille. Dans une chambre étroite qu’il partage avec d’autres travailleurs, loin de sa terre natale, loin des siens, loin de ceux qui donnent un sens à sa vie. Aujourd’hui pourtant, c’est la fête des pères. Mais pour lui, aucun enfant ne sautera dans ses bras. Aucun dessin maladroit ne lui sera offert. Aucun regard émerveillé ne lui dira : « Bonne fête Papa ». Le téléphone restera parfois silencieux. Et même lorsqu’un message arrivera, il ne pourra jamais combler le vide immense laissé par l’absence. Car aujourd’hui, en ce dimanche 26 juin 2026 consacré aux pères, des milliers d’hommes vivent une douleur que le monde refuse souvent de regarder : celle d’être père loin de ses enfants.

Le migrant est souvent réduit à un chiffre, à une statistique, à un dossier administratif ou à une force de travail. Derrière cette image froide se cache pourtant un homme. Un père. Un être humain qui a quitté sa famille non pas par plaisir, mais par nécessité. Il est parti parce qu’il voulait offrir à ses enfants ce qu’il ne pouvait plus leur garantir chez lui. Il est parti parce qu’il refusait de voir sa famille sombrer dans la précarité. Il est parti avec l’espoir de construire un avenir meilleur pour ceux qu’il aime plus que sa propre vie. Au Moyen-Orient, comme dans d’autres régions du monde, ils sont nombreux ces pères africains qui portent sur leurs épaules le poids de plusieurs existences. Leurs journées sont longues. Leurs tâches sont souvent pénibles. Certains travaillent sous des températures écrasantes. D’autres vivent dans des conditions de logement difficiles. Beaucoup connaissent l’isolement, la solitude et parfois l’humiliation. Pourtant, ils continuent. Ils avancent. Ils tiennent debout parce qu’au bout de leurs sacrifices se trouvent les visages de leurs enfants.

Pendant que leurs proches dorment, ils travaillent. Pendant que leurs enfants grandissent, ils sont absents. Pendant que les anniversaires se succèdent, ils regardent les photos sur un écran de téléphone. Ils assistent à distance aux premiers pas d’un enfant, aux résultats scolaires, aux joies familiales et parfois même aux deuils. Ils apprennent à vivre avec une douleur silencieuse : celle de manquer les moments les plus précieux de la vie de ceux pour qui ils se battent. Être père migrant, c’est accepter de devenir l’étranger de ses propres enfants. C’est parfois entendre une voix au téléphone qui change avec les années. C’est constater qu’un fils devient adolescent ou qu’une fille devient jeune femme sans avoir été présent pour accompagner leur croissance. C’est voir le temps accomplir son œuvre sans pouvoir l’arrêter. C’est porter dans son cœur une culpabilité permanente malgré tous les sacrifices consentis.

Et pourtant, combien de personnes prennent réellement conscience de cette souffrance ? Combien comprennent que derrière chaque transfert d’argent envoyé au pays se cache souvent une privation personnelle ? Derrière chaque facture scolaire payée se trouve parfois un repas sacrifié. Derrière chaque maison construite se cachent des années de solitude. Derrière chaque réussite familiale se trouvent souvent des larmes versées dans le secret de la nuit. Le père migrant apprend à sourire lorsqu’il souffre. Il rassure sa famille lorsqu’il est lui-même inquiet. Il encourage ses enfants alors que son propre cœur est parfois épuisé. Il devient le pilier de plusieurs vies alors même que personne ne soutient la sienne. Sa force est admirée, mais sa fragilité est rarement entendue.

Aujourd’hui, certains de ces pères vivent même une situation plus douloureuse encore. Ils souhaiteraient rentrer chez eux mais se retrouvent bloqués loin de leur terre natale. Problèmes administratifs, absence de documents, difficultés juridiques ou financières : les obstacles s’accumulent. Ils rêvent simplement de revoir leurs enfants, de les serrer dans leurs bras, de retrouver leur famille. Pourtant, le retour semble parfois inaccessible. Un homme cesse-t-il d’être père parce qu’il est migrant ? Son amour devient-il moins sincère parce qu’il travaille à des milliers de kilomètres de sa famille ? Son absence efface-t-elle les sacrifices qu’il accomplit chaque jour pour assurer l’avenir de ses enfants ? La réponse est évidemment non. Le père migrant demeure un père à part entière. Son amour ne traverse pas seulement les frontières ; il défie le temps, la distance et l’adversité. Il continue d’aimer même lorsqu’il ne peut être présent. Il continue de protéger même lorsqu’il est loin. Il continue de construire même lorsque personne ne voit les efforts qu’il consent.

En cette fête des pères, notre regard doit changer. Nous devons reconnaître l’humanité de ces hommes souvent invisibles. Nous devons entendre leurs souffrances, comprendre leurs sacrifices et respecter leur dignité. La société qui les accueille doit les considérer comme des êtres humains avant de les considérer comme des travailleurs. Les États doivent renforcer les mécanismes de protection et d’accompagnement de leurs ressortissants. Les familles doivent savoir que derrière chaque absence se cache souvent un acte d’amour immense.

À tous les pères migrants d’Afrique, du Moyen-Orient et d’ailleurs, à ceux qui travaillent aujourd’hui loin des leurs, à ceux qui cachent leurs larmes derrière un sourire, à ceux qui attendent le jour du retour comme on attend une délivrance, cette chronique veut adresser un message simple mais essentiel : vous n’êtes pas oubliés. Vous êtes des pères. Vous êtes des bâtisseurs silencieux. Vous êtes des héros du quotidien.

Et même si aucun enfant n’est aujourd’hui à vos côtés pour vous le dire, même si la distance vous prive d’une accolade ou d’un regard, recevez ces mots comme un hommage sincère : Bonne fête des pères, Papa.

Hugues Hector ZOGO

Cette chronique est dédiée aux pères migrants qui, dans l’ombre et le sacrifice, continuent d’aimer leurs enfants au-delà des frontières.

Production éditoriale réalisée en appui aux actions de la Plateforme Multiacteurs de la Migration au Bénin, avec le soutien de la Friedrich Ebert Stiftung.

Share.

Laisser une réponse

error: Content is protected !!
Exit mobile version