La Bourse du travail de Cotonou est devenue, ce vendredi 7 août 2026, le centre d’un dialogue régional majeur consacré à la migration féminine, à la protection et à la cohésion sociale. Le lancement officiel du forum, placé sous le thème « De la vulnérabilité à l’action », a donné lieu à plusieurs allocutions qui ont situé les enjeux humains, sociaux et politiques de la rencontre. Organisés jusqu’au 8 août par la Plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin, avec l’appui de la Friedrich-Ebert-Stiftung, les travaux réunissent des responsables institutionnels, des organisations syndicales, des acteurs de la société civile, des spécialistes ainsi que des femmes migrantes. Tous partagent une même ambition : faire entendre les premières concernées et transformer leurs expériences en propositions capables d’influencer durablement les politiques publiques.
La cérémonie d’ouverture a été particulièrement marquée par la présence de fortes délégations de représentants des migrants venus de plusieurs pays de la sous-région et du continent. Le Niger, le Sénégal, le Togo, la Côte d’Ivoire, le Maroc, le Mali, le Burkina Faso et la Guinée ont répondu à l’appel de Cotonou, donnant à la rencontre une dimension véritablement internationale. Cette mobilisation traduit la volonté de construire des réponses qui dépassent les frontières nationales et tiennent compte de la diversité des parcours. Les délégations ont apporté leurs expériences, leurs préoccupations et leurs attentes en matière de protection, d’intégration et de travail décent. Leur présence a également rappelé que la migration féminine constitue une réalité partagée, qui exige une solidarité régionale active, des mécanismes coordonnés et une meilleure circulation de l’information.
Prenant la parole au nom de l’organisation, Florent ZEKPON, responsable de la Plateforme multi-acteurs de la migration au Bénin, a rappelé que le forum devait dépasser les constats pour ouvrir le temps de l’action. Il a surtout invité les participants à ne plus enfermer les femmes migrantes dans une image exclusive de victimes. « Elles sont des travailleuses, des commerçantes, des entrepreneures, des mères de famille et des actrices de développement dont la contribution mérite reconnaissance et protection », a-t-il défendu. Pour l’organisateur, la réponse aux vulnérabilités passe par l’écoute des femmes concernées, mais aussi par une coordination plus efficace entre pouvoirs publics, syndicats et organisations communautaires. Son allocution a fixé l’orientation des travaux : produire des recommandations réalistes, applicables et capables d’améliorer l’accueil, l’accès aux droits, la protection sociale et la réinsertion.
Éric TOGBÈ, représentant de l’Agence béninoise de protection civile, l’ABPC, a replacé la protection des personnes migrantes dans le champ plus large de la prévention des risques et de l’assistance aux populations vulnérables. Dans son intervention, il a insisté sur la nécessité de garantir une prise en charge humaine à toute personne exposée à une crise, sans considération de nationalité, d’origine ou de statut administratif. « La protection civile doit rester un service accessible à toute personne en détresse », a-t-il soutenu devant les participants. Il a plaidé pour un renforcement de l’information, des mécanismes d’alerte et de la coopération entre institutions publiques, communautés migrantes et organisations de terrain. Pour Éric TOGBÈ, la cohésion sociale dépend aussi de la capacité des États à protéger les personnes souvent invisibles, isolées ou insuffisamment informées de leurs droits.
Le lancement officiel des travaux a été prononcé par Madame Nouratou ZATO, représentante de la Friedrich-Ebert-Stiftung. Dans son allocution, elle a réaffirmé l’engagement de la fondation en faveur de la justice sociale, du dialogue démocratique, de l’égalité et de la défense des droits des travailleuses. Elle a rappelé qu’aucune politique migratoire crédible ne pouvait être conçue sans la participation directe des femmes auxquelles elle s’applique. « Il faut construire les réponses avec leur parole, leurs expériences, leurs compétences et leurs aspirations », a-t-elle insisté. Madame Nouratou ZATO a salué la diversité des délégations présentes et encouragé la constitution d’un réseau régional durable entre syndicats, institutions et organisations citoyennes. Pour elle, Cotonou doit faire émerger une vision partagée, susceptible d’éclairer les politiques nationales et de renforcer les mécanismes communautaires de protection.
Le Secrétaire général de la CSA-Bénin, Anselme AMOUSSOU, assure la modération générale des échanges. Dès l’ouverture, il a donné le ton d’un débat rigoureux, contradictoire et résolument orienté vers les solutions. Sa mission consiste à faire dialoguer les institutions publiques, les syndicats, les experts, les organisations de la société civile et les femmes migrantes, sans laisser la parole de ces dernières devenir secondaire ou simplement symbolique. « Les témoignages doivent éclairer les décisions et les engagements doivent pouvoir être évalués », a-t-il indiqué. Au fil des interventions, Anselme AMOUSSOU a interrogé l’effectivité des textes de la CEDEAO, les difficultés d’accès à la protection sociale, la syndicalisation dans l’économie informelle et les mécanismes d’accompagnement. Sa modération veille à rapprocher les expériences nationales afin de dégager des pistes régionales cohérentes, concrètes et mesurables.
Les premières communications ont montré combien la migration féminine s’est transformée en Afrique de l’Ouest. Les femmes ne se déplacent plus uniquement pour rejoindre un conjoint ou une famille ; elles migrent désormais de manière autonome pour travailler, commercer, entreprendre, étudier ou soutenir leurs proches. Cette volonté d’émancipation se heurte cependant à la précarité professionnelle, à l’absence de contrats, aux discriminations, aux violences basées sur le genre et à une connaissance insuffisante des dispositifs de protection. Les représentants des différents pays ont partagé des initiatives de syndicalisation, d’accompagnement juridique, d’intégration et d’accès aux services sociaux. Les échanges ont également examiné les cadres communautaires relatifs à la libre circulation. Un constat commun s’impose : les textes existent, mais leur application demeure trop faible pour garantir effectivement les droits et la dignité des travailleuses migrantes.
Le forum réserve une place essentielle aux récits de vie des femmes revenues de migration ou établies au Bénin. Leurs témoignages permettent de comprendre, au-delà des statistiques, les réalités de l’exploitation, de l’isolement, du retour difficile, mais aussi les capacités de résistance et les compétences acquises durant les parcours. Une représentation théâtrale consacrée aux migrations et un déjeuner interculturel prolongent cette parole par la culture, la mémoire et la rencontre entre les communautés. La deuxième journée doit approfondir les questions de réinsertion économique, familiale et psychosociale. Elle sera également consacrée à l’élaboration de la « Déclaration de Cotonou pour la protection et la valorisation des travailleuses migrantes en Afrique de l’Ouest ». Ce document est appelé à rassembler les aspirations des participantes, les recommandations des experts et les engagements attendus des institutions.
Au terme de cette rencontre, l’enjeu sera de transformer les discours prononcés et les recommandations adoptées en mesures véritablement accessibles aux femmes migrantes. Les organisateurs annoncent notamment une cartographie des dynamiques migratoires féminines, une feuille de route sensible au genre, un catalogue de bonnes pratiques et un cahier d’aspirations destiné aux décideurs. La mobilisation observée lors du lancement officiel du 7 août montre déjà qu’une coopération transfrontalière est possible entre États, syndicats, institutions, communautés et société civile. Encore faudra-t-il suivre les engagements, documenter les violations et rendre les mécanismes de recours plus proches des personnes concernées. Cotonou aura réussi son pari si la parole des migrantes devient une force de décision, si les décisions produisent une protection effective et si la mobilité des femmes peut enfin s’exercer dans la dignité, la sécurité et la solidarité.
Hugues Hector ZOGO

