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J’ai, au fil de mon engagement public, souvent pris la défense des femmes. Je l’ai fait par conviction, par exigence de justice, et parce que l’histoire comme nos réalités sociales imposaient de corriger des déséquilibres anciens et profonds. Mais la cohérence intellectuelle et morale commande une chose essentielle, la justice ne peut être à géométrie variable selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme.

Affirmer aujourd’hui la nécessité de défendre aussi les hommes, lorsque leur dignité est atteinte ou leurs droits fragilisés, ne constitue ni un revirement, ni une contradiction. C’est, au contraire, l’expression la plus aboutie d’une pensée rigoureuse, attachée à l’universalité du droit et à l’indivisibilité de la personne humaine.

Dans sa conception la plus exigeante, le droit repose sur un principe cardinal : l’égalité. Non pas une égalité abstraite ou proclamatrice, mais une égalité réelle, substantielle, qui implique que chaque individu, indépendamment de son genre, bénéficie de la même protection, de la même considération et de la même exigence de responsabilité. Comme le rappelait Aristote, la justice consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû. Elle ne s’accommode ni des préférences, ni des biais, ni des silences sélectifs.

Les avancées majeures réalisées en faveur des droits des femmes ces dernières décennies, y compris dans notre pays sous l’impulsion des réformes structurelles engagées par le Président Patrice Talon, constituent des acquis précieux, qu’il faut préserver et approfondir. Elles ont permis de corriger des inégalités historiques et de redonner à la femme sa pleine place dans la société. Mais toute dynamique de progrès, pour demeurer légitime et durable, doit veiller à ne pas engendrer de nouveaux déséquilibres.

La réflexion sociologique et anthropologique nous enseigne que les sociétés évoluent par ajustements successifs. Lorsqu’un groupe historiquement dominé accède à une reconnaissance accrue, il peut apparaître, dans certaines situations, des formes inversées de vulnérabilité, moins visibles, moins documentées, mais bien réelles. La condition masculine, souvent associée à la force, à la stabilité et à la responsabilité, tend paradoxalement à invisibiliser les situations où l’homme devient, lui aussi, sujet de souffrance, d’injustice ou de déséquilibre relationnel.

Reconnaître cette réalité ne revient pas à nier les combats féminins, ni à en diminuer la légitimité. Cela revient à affirmer une exigence supérieure, celle de l’équilibre. Une société juste n’est pas celle qui corrige une inégalité en créant une autre. Elle est celle qui construit, patiemment et lucidement, un espace où chaque dignité est reconnue, protégée et respectée.

Sur le plan philosophique, cette posture s’inscrit dans une éthique de la réciprocité. Les relations humaines, qu’elles soient familiales, sociales ou institutionnelles, reposent sur des obligations mutuelles : loyauté, respect, responsabilité. Lorsque ces obligations sont rompues, la question centrale ne doit pas être celle de l’identité de l’auteur ou de la victime, mais celle de la nature de la faute et de ses conséquences. C’est en cela que la justice se distingue de l’émotion : elle se fonde sur des principes, non sur des appartenances.

Sur le plan politique, porter cette parole aujourd’hui, avec mesure et responsabilité, c’est contribuer à l’approfondissement de notre modèle démocratique. C’est refuser les lectures simplistes qui opposent les genres, pour privilégier une approche intégrative, fondée sur l’équité, la responsabilité et la cohésion sociale.

Ainsi, défendre les droits des hommes lorsqu’ils sont lésés, ce n’est pas rompre avec un engagement antérieur en faveur des femmes. C’est en prolonger la logique. C’est affirmer que nous sommes tous égaux en droit et en dignité, et que cette égalité ne peut souffrir d’exception, ni de hiérarchie implicite.

Parce que la justice n’a de sens que si elle est complète.

Parce que la dignité humaine est une et indivisible.

Parce que l’équilibre est la condition même de la paix sociale.

C’est dans cette exigence d’universalité, de cohérence et de responsabilité que s’inscrit, aujourd’hui, la défense des droits des hommes, non comme une revendication concurrente, mais comme une nécessité complémentaire au service d’une société plus juste, plus lucide et profondément humaine.

Claudine Afiavi PRUDENCIO

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