La signature de la convention de partenariat entre les communes de Ouidah et d’Abomey ouvre une nouvelle page de la coopération intercommunale au Bénin. Au-delà de la portée institutionnelle de cet accord, elle invite à replonger dans l’histoire de deux territoires dont les potentialités constituent l’un des plus importants patrimoines culturels, historiques, touristiques et économiques du pays. Depuis plusieurs décennies, chercheurs, historiens et spécialistes du développement s’accordent à reconnaître que ces deux villes disposent d’atouts complémentaires capables de faire émerger un véritable pôle culturel de dimension internationale. À travers cette alliance, Ouidah et Abomey démontrent que la richesse d’un territoire ne se limite pas à ses ressources naturelles, mais repose également sur son histoire, son identité, sa mémoire et sa capacité à transformer cet héritage en opportunités de développement.

À l’heure où la décentralisation béninoise est appelée à franchir un nouveau cap, les maires de Ouidah, Christian Houétchénou, et d’Abomey, Franck Métolé Kpassassi, viennent de poser un acte qui pourrait durablement inspirer la gouvernance territoriale au Bénin. En choisissant d’unir les destinées de deux cités parmi les plus emblématiques de l’histoire nationale autour d’une convention de partenariat stratégique, les deux édiles démontrent que le développement local se nourrit autant d’une vision politique que de la capacité à fédérer les énergies autour d’un héritage commun. Leur initiative traduit une compréhension lucide des enjeux contemporains : les territoires ne peuvent plus évoluer en vase clos, mais doivent construire des synergies fondées sur leurs complémentarités historiques, culturelles, touristiques et économiques. À travers cette alliance, Christian Houétchénou et Franck Métolé Kpassassi donnent corps à une gouvernance de coopération, où l’intelligence collective devient un levier de développement durable. Leur démarche illustre une conviction forte : lorsque deux collectivités choisissent de mutualiser leurs atouts plutôt que de les opposer, elles créent les conditions d’un rayonnement plus vaste, au bénéfice de leurs populations et de toute la nation béninoise.

Ancienne cité portuaire ouverte sur le monde, Ouidah demeure l’un des principaux carrefours historiques du continent africain. Son nom est intimement lié à la mémoire de la traite négrière transatlantique, mais également à la richesse des cultures endogènes qui y ont prospéré au fil des siècles. La Route des Esclaves, la Porte du Non-Retour, la Place Chacha, le Temple des Pythons, la Basilique de l’Immaculée-Conception, la Forêt sacrée de Kpassè, les couvents vodun, les plages atlantiques ainsi que les nombreux sites mémoriels confèrent à la ville un potentiel touristique exceptionnel. Ces dernières années, les importants investissements réalisés dans le cadre du Programme d’Action du Gouvernement ont considérablement renforcé son attractivité, faisant de Ouidah une destination incontournable du tourisme culturel, mémoriel et religieux en Afrique de l’Ouest.
Face à elle, Abomey incarne le cœur historique de l’ancien Royaume du Danxomè, l’un des royaumes les plus puissants de l’Afrique précoloniale. Les Palais royaux, classés au patrimoine mondial de l’UNESCO, constituent l’un des ensembles monumentaux les plus remarquables du continent. L’histoire des rois du Danxomè, celle des Amazones, les traditions royales, les musées, les places historiques, les objets d’art ainsi que les vingt-six trésors royaux restitués au Bénin participent aujourd’hui au rayonnement international de cette cité. Abomey possède également un riche patrimoine artisanal, notamment dans le domaine de la sculpture, de la forge, du tissage et des arts décoratifs, autant de secteurs capables de générer des emplois, de soutenir les industries culturelles et de renforcer l’économie locale.

Les potentialités des deux communes dépassent largement leur seule dimension historique. Ouidah et Abomey disposent d’importantes ressources humaines, d’une jeunesse entreprenante, d’un tissu associatif dynamique et d’un secteur culturel particulièrement fécond. Festivals, cérémonies traditionnelles, manifestations artistiques, savoir-faire artisanaux, gastronomie locale et expressions culturelles constituent autant d’éléments susceptibles d’alimenter une véritable économie créative. En associant leurs compétences et leurs expériences, les deux collectivités peuvent désormais envisager des circuits touristiques intégrés, des programmes communs de promotion culturelle, des échanges de bonnes pratiques administratives ainsi que des projets de coopération susceptibles d’attirer davantage d’investissements publics et privés.
Sur le plan économique, cette complémentarité ouvre des perspectives considérables. Le développement du tourisme favorise l’hôtellerie, la restauration, le transport, l’artisanat, le commerce local et les services. La valorisation concertée des patrimoines peut également renforcer les activités des guides touristiques, des artistes, des opérateurs culturels, des chercheurs et des investisseurs spécialisés dans les industries créatives. À cela s’ajoutent les opportunités offertes par la transformation numérique, la promotion internationale des destinations touristiques et les partenariats avec les organisations culturelles et patrimoniales. En mutualisant leurs stratégies de développement territorial, Ouidah et Abomey disposent des moyens de devenir un véritable laboratoire de la coopération décentralisée au Bénin.
Cette vision s’inscrit pleinement dans les orientations nationales visant à faire du patrimoine culturel un levier majeur de croissance économique. Les investissements engagés ces dernières années dans la réhabilitation des sites historiques, la construction d’infrastructures touristiques et la promotion de la destination Bénin trouvent aujourd’hui un prolongement naturel dans cette convention de partenariat. En rapprochant deux villes qui incarnent chacune une dimension essentielle de l’histoire nationale, les deux maires contribuent à renforcer la cohérence des politiques de développement territorial tout en offrant aux populations de nouvelles perspectives de création de richesses, d’emplois et d’échanges. À travers cette démarche, Ouidah et Abomey rappellent qu’un territoire se développe davantage lorsqu’il sait transformer son histoire en ambition, sa culture en richesse et son héritage en moteur de prospérité pour les générations futures.
Hugues Hector ZOGO

