La signature de la Convention de partenariat et de coopération intercommunale entre les communes de Ouidah et d’Abomey, le jeudi 2 juillet 2026, dépasse largement le cadre d’un simple accord administratif. Derrière les signatures apposées par les maires Christian Mawugnon Houétchénou et Franck Métolé Kpassassi se dessine une véritable stratégie de développement territorial qui pourrait transformer durablement le quotidien des populations des deux cités. En faisant le choix de mutualiser leurs atouts plutôt que d’évoluer chacune dans son espace, les deux édiles ouvrent une nouvelle perspective pour la décentralisation béninoise. Leur vision mérite d’être saluée, car elle démontre qu’un territoire devient plus fort lorsqu’il sait construire des alliances intelligentes au service de l’intérêt général. Cette convention crée un cadre durable de coopération dans les domaines du tourisme, du patrimoine, de la culture et du partage d’expertises.

Le premier changement attendu concerne naturellement l’économie locale. Jusqu’ici, Ouidah et Abomey développaient séparément leurs stratégies de promotion touristique. Désormais, les deux communes pourront construire une offre commune capable d’attirer davantage de visiteurs nationaux et internationaux. Pour les hôteliers, les restaurateurs, les guides touristiques, les transporteurs, les artisans, les commerçants et les opérateurs culturels, cette coopération représente une opportunité de croissance. Un touriste qui visitera les Palais royaux d’Abomey pourra désormais être naturellement orienté vers la Route de l’Esclave, les couvents vodun et les autres sites emblématiques de Ouidah. À l’inverse, les visiteurs de Ouidah pourront prolonger leur séjour jusqu’à Abomey. Cette complémentarité favorisera l’augmentation de la durée des séjours, des dépenses touristiques et, par conséquent, des revenus des populations locales.
La jeunesse constitue sans doute la première bénéficiaire de cette alliance. En créant une dynamique commune autour du patrimoine, les deux communes ouvrent de nouvelles perspectives d’emplois et d’entrepreneuriat. Les métiers liés au tourisme, à la médiation culturelle, à la restauration du patrimoine, à la communication territoriale, à l’événementiel, au numérique et aux industries créatives pourraient connaître un essor significatif. Les jeunes guides, les artistes, les créateurs de contenus, les artisans, les chercheurs et les promoteurs culturels disposeront d’un espace de coopération beaucoup plus vaste que les seules limites administratives de leur commune. La convention crée ainsi les conditions d’une économie de la culture capable de retenir les talents et de valoriser les compétences locales.

Un autre changement majeur réside dans la préservation du patrimoine historique. L’accord prévoit la reconstruction et la sauvegarde des sites historiques ainsi que le partage des expertises en matière de gestion patrimoniale. Cette orientation constitue une excellente nouvelle pour les populations, car protéger le patrimoine, c’est préserver la mémoire collective tout en créant de nouvelles richesses. Chaque monument restauré devient un facteur d’attractivité économique, un lieu de transmission culturelle et une source de fierté pour les habitants. Les générations futures hériteront ainsi d’un patrimoine mieux conservé, mieux documenté et davantage valorisé.
Les bénéfices de cette convention dépasseront également les seuls aspects économiques. En renforçant les liens de fraternité entre les deux communautés, les maires posent les bases d’une coopération humaine durable. Des échanges culturels, des manifestations artistiques, des rencontres entre écoles, des projets communs de jeunesse, des festivals et des initiatives citoyennes pourront désormais être organisés dans un cadre institutionnel clair. Cette proximité favorisera une meilleure connaissance mutuelle des populations, réduira les cloisonnements territoriaux et renforcera le sentiment d’appartenance à une même histoire nationale. C’est une manière concrète de faire vivre la cohésion sociale par des actions partagées.

L’une des forces les plus remarquables de cette convention réside dans le choix de la mutualisation des compétences. Les deux administrations se sont engagées à partager leurs documents de planification stratégique, leurs expertises techniques, leurs expériences en matière de gestion du patrimoine ainsi que les ressources nécessaires à la mise en œuvre des projets communs. Pour les citoyens, cela signifie des administrations qui apprennent l’une de l’autre, qui évitent les duplications inutiles et qui améliorent progressivement la qualité des services publics. Cette logique de coopération administrative constitue une avancée importante pour la gouvernance locale.
La création d’un Comité mixte de travail, chargé du suivi et de l’évaluation annuelle des projets, offre également des garanties de continuité. La convention est conclue pour une durée de sept ans, renouvelable après une évaluation conjointe. Cette stabilité permettra de dépasser les effets d’annonce et d’inscrire les projets dans le temps long. Les populations pourront ainsi mesurer progressivement les résultats concrets de cette coopération à travers les réalisations, les investissements et les initiatives communes qui verront le jour.
Au-delà des dispositions techniques, cette convention porte une vision profondément moderne de la décentralisation. Elle affirme qu’aucune commune ne peut désormais révéler seule tout son potentiel et que le développement territorial passe par la coopération, la complémentarité et la confiance. En proposant la création d’une « Route Royale de la Mémoire » reliant Abomey et Ouidah, les deux collectivités ambitionnent de faire de leur patrimoine commun une destination culturelle de référence. Cette perspective pourrait renforcer le rayonnement international du Bénin, attirer davantage d’investissements et offrir aux populations de nouvelles opportunités économiques.

Enfin, il convient de saluer avec respect la vision des maires Christian Mawugnon Houétchénou et Franck Métolé Kpassassi. Leur initiative démontre qu’une gouvernance locale ambitieuse ne consiste pas seulement à administrer une commune, mais à imaginer des solutions capables de transformer durablement la vie des citoyens. En préférant la coopération à l’isolement, la complémentarité à la concurrence et la mémoire partagée à la fragmentation, les deux édiles offrent un exemple inspirant pour l’ensemble des collectivités territoriales du Bénin. Si cette convention produit les effets attendus, le 2 juillet 2026 restera dans les archives nationales comme le jour où deux villes historiques ont choisi de construire ensemble un avenir plus prospère, plus solidaire et plus attractif pour leurs populations.
Hugues Hector ZOGO

