La décentralisation béninoise franchit une nouvelle étape de son histoire. Plus de vingt-deux ans après l’installation des premiers conseils communaux issus des élections locales de décembre 2002, deux villes emblématiques de l’histoire nationale choisissent de dépasser les frontières administratives pour construire une coopération fondée sur leur identité commune, leur héritage culturel et leur ambition de développement. En annonçant la signature, le 2 juillet 2026, d’une convention de partenariat entre les communes de Ouidah et d’Abomey, le maire Christian Houétchénou ne propose pas simplement un nouvel accord entre deux collectivités. Il ouvre une perspective nouvelle pour la gouvernance territoriale au Bénin : celle d’une décentralisation qui ne se limite plus au transfert de compétences de l’État vers les communes, mais qui s’appuie désormais sur des alliances stratégiques entre territoires partageant une histoire, une mémoire et une vision de l’avenir. La cérémonie annoncée à la mairie de Ouidah vise à renforcer la coopération dans les domaines du patrimoine culturel, du tourisme et de l’attractivité territoriale, autour d’un partenariat présenté comme une étape majeure pour les deux collectivités.
Cette initiative s’inscrit dans une trajectoire déjà engagée par les deux maires depuis leur prise de fonction. À Ouidah, Christian Houétchénou a très tôt affiché sa volonté de faire de la cité historique une référence du tourisme mémoriel, de l’économie culturelle et de la valorisation du patrimoine mondial. Les investissements consacrés à la Route des Esclaves, à la Porte du Non-Retour, à l’amélioration des espaces publics, à la réhabilitation de plusieurs sites historiques ainsi qu’à la professionnalisation de la gestion touristique traduisent cette orientation. À Abomey, le maire Franck Mètolé Kpassassi poursuit, de son côté, une politique de mise en valeur de la capitale historique de l’ancien Royaume du Danxomè, en accompagnant la restauration des palais royaux, l’amélioration des infrastructures urbaines, l’organisation d’événements culturels et le renforcement de l’attractivité patrimoniale de la ville. Dans les deux communes, la culture n’est plus perçue comme un simple héritage à conserver, mais comme un véritable levier de développement économique, de création d’emplois et de rayonnement international. 
Cette convergence de vision ne relève d’ailleurs pas du hasard. Depuis l’inscription, le 8 juillet 2021, des Palais royaux d’Abomey sur la liste du patrimoine mondial en péril puis les efforts constants de restauration soutenus par l’État béninois et plusieurs partenaires internationaux, les enjeux de conservation du patrimoine sont revenus au premier plan des politiques publiques. Parallèlement, Ouidah a consolidé son statut de haut lieu mondial de la mémoire de la traite négrière, notamment avec les importantes réalisations intervenues dans le cadre du vaste programme de réhabilitation des sites mémoriels lancé sous le Président Patrice Talon. L’inauguration de plusieurs infrastructures culturelles, la rénovation de la Route des Esclaves et la création d’espaces muséographiques ont renforcé la vocation internationale de la ville. Aujourd’hui, le rapprochement institutionnel entre Ouidah et Abomey apparaît comme une évolution naturelle de cette dynamique nationale consistant à faire du patrimoine historique un moteur de croissance territoriale.
Au-delà de leur dimension culturelle, les deux communes partagent également une responsabilité particulière dans la construction du récit national. Abomey incarne la puissance politique et institutionnelle de l’ancien Royaume du Danxomè ; Ouidah demeure le symbole universel de la mémoire, du dialogue interculturel et de la rencontre entre l’Afrique et ses diasporas. Réunir ces deux territoires dans un même cadre de coopération revient à relier deux chapitres majeurs de l’histoire du Bénin. C’est aussi proposer une nouvelle offre touristique capable de prolonger la durée de séjour des visiteurs, de favoriser les circuits culturels intégrés et d’encourager une meilleure circulation des richesses entre les territoires. Cette complémentarité ouvre des perspectives inédites pour les opérateurs touristiques, les artisans, les acteurs culturels, les chercheurs ainsi que les jeunes entrepreneurs appelés à développer de nouveaux services autour de cette destination patrimoniale élargie.

La convention annoncée par Christian Houétchénou ne se limite d’ailleurs pas à une déclaration d’intention. Elle prévoit explicitement le développement des échanges d’expériences entre les deux collectivités, la mise en œuvre de projets communs ainsi que la promotion coordonnée de leur patrimoine historique et culturel. Cette approche traduit une évolution remarquable de la décentralisation béninoise. Longtemps centrées sur la gestion quotidienne des services municipaux, les communes commencent désormais à construire de véritables stratégies de coopération horizontale, capables de mutualiser les compétences, d’attirer davantage de financements et d’améliorer leur compétitivité territoriale. La convention entend précisément faire de cette coopération un instrument durable de développement touristique, culturel et économique.
Cette démarche pourrait également faire école au niveau national. Depuis les premières élections communales de décembre 2002 et l’installation des conseils communaux en 2003, la décentralisation béninoise a connu plusieurs réformes majeures, notamment le renforcement de la gouvernance locale, l’amélioration des mécanismes de financement des collectivités et l’adoption progressive d’une logique de développement territorial intégré. Pourtant, les conventions structurantes entre communes demeurent encore relativement peu nombreuses. En choisissant de formaliser un partenariat autour du patrimoine, du tourisme et de l’attractivité économique, Ouidah et Abomey proposent un modèle susceptible d’inspirer d’autres collectivités. Demain, des villes partageant des potentialités agricoles, industrielles, universitaires ou environnementales pourraient, à leur tour, bâtir des alliances comparables afin d’accélérer leur développement.
En réalité, la portée de cette convention dépasse largement les frontières des deux communes concernées. Elle traduit l’émergence d’une nouvelle génération de gouvernance locale, fondée sur la coopération plutôt que sur l’isolement, sur la complémentarité plutôt que sur la concurrence. MM. Christian Houétchénou et Franck Mètolé Kpassassi démontrent ainsi que les collectivités territoriales peuvent devenir de véritables laboratoires d’innovation institutionnelle et de développement. En choisissant d’écrire ensemble une nouvelle page de la décentralisation béninoise, ils rappellent qu’une commune ne grandit jamais seule. Elle grandit davantage lorsqu’elle sait construire des passerelles avec d’autres territoires, partager ses expériences, mutualiser ses forces et faire de son histoire un puissant levier pour préparer l’avenir. L’accord qui sera signé le 2 juillet 2026 pourrait ainsi entrer dans l’histoire comme l’un des actes fondateurs d’une coopération intercommunale nouvelle, ambitieuse et résolument tournée vers le rayonnement du Bénin.
INVITATION SIGNATURE DE CONVENTION (1)
Hugues Hector ZOGO

