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À 10h00 précises, le président Patrice Talon a fait son entrée dans la salle des ambassadeurs, conformément à l’annonce faite par Wilfried Léandre Houngbédji. Lors du briefing officiel, deux sujets majeurs avaient été hiérarchisés pour alimenter les échanges : la tentative de coup d’État déjouée le 7 décembre dernier et la promulgation de la nouvelle constitution, intervenue le mercredi 17 décembre.

Le chef de l’État, visiblement surpris par l’ordre de ces sujets, a néanmoins respecté la hiérarchie. La première question, posée par Inès Facia, directrice de Junior Tv, au nom des enfants, portait sur l’état d’âme du président face à cet événement malheureux.

Une émotion palpable mais un moral en ordre de marche

« Je suis heureux de vous retrouver. Je vais bien, même si mon moral a été un peu secoué », a-t-il confié, exprimant sa peine face à l’image que certains acteurs donnent du pays à l’étranger. Il a toutefois rassuré : « Dites aux enfants que je vais bien. »

Le président a ensuite apporté un rectificatif concernant l’origine de l’attaque. « Ce n’est pas la Garde nationale qui a opéré cette attaque, heureusement », a-t-il précisé. Selon lui, « certains jeunes militaires en formation à Togbin » ont été embarqués dans cette tentative de coup, contre leur gré, par les mutins. Patrice Talon a salué la loyauté de l’armée béninoise, soulignant que, dès les premières informations, « les casernes de Dessa, de Ouidah notamment, ont tous appelé pour demander la conduite à tenir ». Il a insisté sur la présence de « crapules » dans toute communauté, tout en louant la réaction de l’armée.

Refus de qualifier l’événement de coup d’État

Le chef de l’État a rejeté catégoriquement l’appellation « coup d’État » pour cette tentative. « Je n’appelle pas cela un coup d’État », a-t-il affirmé. Selon lui, un coup d’État requiert que « une bonne partie de l’armée et de la population se rallient », ce qui n’a pas été le cas ici.

Une surprise et une analyse sociologique

Patrice Talon a reconnu avoir été surpris par cette aventure qu’il jugeait improbable. « Nous étions dans un excès d’assurance », a-t-il admis. Il a comparé la situation à celle des pays développés, où il serait impensable qu’un individu tente de braquer la Maison Blanche ou l’Élysée. « Mais ici, ceux qui prennent le pouvoir par la force ont des chances de le conserver tant qu’une partie de l’armée et de l’opinion y reste favorable », a-t-il expliqué.

Il a qualifié les auteurs du putsch manqué de « voyous, petits terroristes, insensés » et a averti : « Ceux qui se sont réjouis de cela sont comptables. On ne peut pas se réjouir d’un crime. »

Une lecture sociologique plutôt que politique

Interrogé par une correspondante de France 24 sur une lecture politique de l’événement, le président a répondu : « Je n’en ai aucune. Je fais une lecture sociologique. » Il a précisé ne pas tirer de conséquences politiques de cette tentative.

Les échanges avec Tigri et la coopération régionale

Le président a évoqué une conversation téléphonique avec Tigri, un acteur impliqué dans la tentative, lui demandant « de ne pas bombarder » et précisant que Tigri « est parti du camp de Togbin en civil, en voiture ». Il a exprimé l’espoir d’une collaboration avec les pays voisins pour leur extradition.

Le débat sur le septennat et la nouvelle constitution

La nouvelle constitution, promulguée le 17 décembre, intègre notamment le Sénat dans l’architecture institutionnelle du Bénin et porte le mandat présidentiel de 5 à 7 ans. Patrice Talon, au pouvoir depuis neuf ans, justifie ce changement par la nécessité d’un délai plus long pour réaliser les grands projets de développement.

Une vision du développement à long terme

« En 5 ans, tout se fait dans la précipitation », a-t-il déclaré. Il a cité des projets phares comme la réinvention de la cité lacustre de Ganvié, la relocalisation du marché Dantokpa, le bitumage des routes ou la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale, qui peinent à aboutir. Selon lui, « le temps de l’action politique est plus long que celui de la reddition de comptes ». Il a ainsi défendu le passage au septennat, même si cette réforme n’est pas courante en Europe, en expliquant que « les paradigmes de développement varient d’un pays à l’autre ».

Une différence de besoins selon les nations

Il a souligné que dans des pays comme le Canada, l’Italie, la France ou les États-Unis, les citoyens disposent déjà des infrastructures de base, et que leurs préoccupations portent davantage sur des questions sociales telles que l’immigration ou la sécurité. « Leur temps d’action est court, parfois un an suffit », a-t-il illustré, en évoquant la possibilité pour un président américain de régler des questions comme l’immigration par décret.

Au contraire, au Bénin, « nous faisons un saut dans l’avenir avec des besoins datant du Moyen-Âge », a-t-il insisté. « Si nous continuons à copier les autres, nous ne réussirons jamais à faire ce qu’ils ont fait quand ils avaient encore du temps », a-t-il conclu.

Une réforme pour le bénéfice du pays

Enfin, Patrice Talon a assuré que le passage au septennat « n’est pas à mon profit, mais au profit du Bénin », soulignant que cette réforme vise à donner plus de temps aux dirigeants pour réaliser leurs ambitions de développement.

Hugues Hector ZOGO

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