Nous sommes à la CRIET, dans la salle d’audience spacieuse et solennelle, où une atmosphère empreinte de tension et de gravité règne en silence. Les murs austères, ornés de plaques officielles, reflètent la solennité du lieu, tandis que la lumière tamisée accentue le sérieux des débats à venir. Sur les bancs, les avocats, les parties civiles et la défense échangent des regards appuyés, chacun concentré sur son rôle, conscients de l’enjeu précieux que représente l’affaire du jour. L’ambiance est empreinte d’une nervosité retenue, mêlée d’une curiosité respectueuse face à la gravité des enjeux : la liberté d’expression confrontée à la nécessité de protéger la vie privée. Des murmures discrets s’élèvent ici et là, tandis que quelques journalistes, installés en retrait, saisissent mentalement chaque détail en attendant le début du procès.
La tension perceptible dans la pièce témoigne de l’importance du verdict qui sera prononcé, et de l’impact que ce jugement pourrait avoir sur le paysage juridique et médiatique du Bénin. C’est une nouvelle figure d’engagement de la presse béninoise qui est convoquée : Angela Kpeidja. Chaque regard, chaque geste traduit l’attente collective d’un dénouement déterminant, chargé de symbolisme et de responsabilités. C’est dans cet environnement que la chambre correctionnelle de la Cour de Répression des Infractions Economiques et du Terrorisme (CRIET) va prononcer ce lundi 19 janvier 2026, son jugement dans l’affaire opposant la journaliste Angela Kpeidja à Stévy Wallace, ancien responsable de la communication digitale à la Présidence de la République du Bénin. Après près de deux années de procédure, la juridiction spéciale va statuer sur la qualification des faits reprochés, les responsabilités respectives des parties, ainsi que sur les sanctions et réparations susceptibles d’être accordées.
Déroulement de la procédure judiciaire
La présente affaire a été portée en justice suite à des publications en ligne, diffusées par Angela Kpeidja sur diverses plateformes numériques, dans lesquelles elle évoquait des faits présumés de harcèlement et d’abus, sans toutefois mentionner explicitement le nom de Stévy Wallace. Toutefois, le stratège communicant politique et institutionnel a procédé à une plainte pour diffamation et harcèlement électronique, estimant que ces propos ou leur interprétation portaient atteinte à son honneur et à sa réputation. Coup de théâtre…Coup de maître ? Le bras de fer s’ouvre devant la juridiction. Chaque partie s’invite à la scène pour défendre son idéal. D’un côté, c’est à la limite le silence qui répond aux notes d’accusations. De l’autre, c’est la multiplication des contenus sur les plateformes numériques avec à charge des commentaires désobligeants avec pour objectif : avoir la peau du loup ! C’est épique…

Au cœur du procès, les arguments avancés par la partie civile, représentée notamment par Me Hugo KOUKPOLOU, Avocat au Barreau du Bénin, ont mis en exergue les préjudices subis par son client, soulignant des pertes de contrats professionnels et un impact psychologique notable. La partie civile avait initialement revendiqué une réparation financière de 80 millions de francs CFA, ainsi que des excuses publiques, arguments auxquels la partie adverse a opposé certaines contestations lors des débats. Dès lors, il fallait apporter plus d’éléments au dossier pour mieux situer les responsabilités. Ici, personne ne pouvait mesurer la douleur et les cicatrices invisibles d’une famille brisée. Mais voilà, la partie adverse, si soucieuse de justice, a décidé d’apporter quelques contestations pour pimenter l’affaire. Entre temps, tous ces âmes innocentes pleurent en silence, portant le poids des préjugés et des remords. La famille de Stevy Wallace, elle, continue d’endurer, laissée à ruminer ses blessures, comme si une indemnité pouvait réparer ce qui ne se rachète pas. La justice, toujours si présente…
Après cet ultime plaidoyer d’anthologie, il était évident que la justice allait tout simplement tomber du ciel pour statuer en faveur de la partie civile. Qui aurait pu douter que, la vérité finirait par triompher ? Après tout, entre pertes de contrats et tourments psychologiques, il ne restait plus qu’à faire ouvrir un musée — ou un tribunal — pour exposer ces dévastations dignes d’un roman à suspense. La suite promet donc d’être aussi captivante qu’un feuilleton télévisé, où chaque détail sera mis en lumière, chaque responsabilité étalée comme un Picasso au Louvre. On s’attend déjà, en coulisses, à des débats où l’on analyserait chaque mot, chaque silence, comme si c’était la clé pour débloquer la vérité ultime. Le véritable drame judiciaire ne fait que commencer. Entre la confrontation des arguments et la révélation des secrets familiaux, il ne reste plus qu’à espérer que cette procédure, si riche en rebondissements, présente enfin la fin tant convoitée — ou pas. Parce qu’après tout, dans cette pièce de théâtre juridique, l’ultime acte est toujours le plus surprenant.
Les avancées des débats et les réquisitions
Le ministère public, lors de l’audience du 30 juin 2025, a rendu ses réquisitions, estimant que les éléments du dossier confirmaient la matérialité de faits de harcèlement électronique. Il a demandé une peine de six mois de prison assortie de sursis, ainsi qu’une amende de deux millions de francs CFA. Concernant la réparation civile, le parquet a considéré la demande initiale de 80 millions comme excessive et a proposé de la réduire à 20 millions de francs CFA, proposition qui a été retenue par la Cour.

Les représentants de la partie civile ont maintenu leur demande, arguant que les publications de la journaliste ont effectivement porté atteinte à leur client Stevy Wallace, tant sur le plan professionnel que moral. La défense de Angela Kpeidja, quant à elle, a contesté la qualification retenue, plaidant notamment en faveur de la liberté d’expression, et contestant la nature et la gravité des faits retenus.
Et voilà, le rideau va se lever sur l’intrigue captivante et le suspens intense que nous offrent deux géants d’une scène médiatique. Entre les réquisitions du ministère public – qui, avec une indulgence rare, recommande seulement six mois de sursis et une amende de deux millions de francs CFA – on respire déjà l’atmosphère chaleureuse de la justice à la sauce « modérée ». La Cour, quant à elle, a joliment décidé de faire contre mauvaise fortune bon cœur en réduisant la réparation civile de 80 à 20 millions. Les parties civiles, bien entendu, ne voient pas d’un bon œil cette réduction et maintiennent leur demande initiale. La défense, de son côté, s’accroche à la liberté d’expression comme à un précieux bouclier contre le tsunami des accusations, tout en contestant la gravité des faits… parce qu’après tout, qu’est-ce qu’une journaliste sans ses publications, si ce n’est qu’un simple citoyen ? Bref, chaque camp espère bien décrocher la lune – ou au moins un peu de justice.
Le verdict de la CRIET : culpabilité et condamnation
Après délibération, la chambre correctionnelle de la CRIET a rendu son verdict ce lundi 19 janvier 2026, en prononçant la condamnation de la journaliste Angela Kpeidja. La juridiction a reconnu la prévenue coupable de faits de harcèlement par le biais d’une communication électronique, en application des dispositions du code pénal et de la loi sur la cybercriminalité.

La Cour a prononcé à l’encontre de Angela Kpeidja une peine de 24 mois de prison avec sursis. En complément, elle a ordonné le paiement d’une amende d’un million de francs CFA, visant à dissuader toute récidive. La décision de justice prévoit également que la partie civile, Stévy Wallace, se voit allouer une somme de vingt millions de francs CFA à titre de dommages et intérêts, correspondant à la réparation partielle de ses préjudices, notamment financiers et moraux.
Une autre mesure importante concerne la modification des publications litigieuses. La Cour a ordonné à la prévenue Angela Kpeidja de procéder à la rectification des contenus incriminés, sous peine de sanctions supplémentaires. La décision précise par ailleurs que ces publications, qui avaient été relayées sur les plateformes numériques, feront l’objet d’un retrait ou d’une correction à la demande de la partie civile.
Au-delà des « faux-fuyants »
Cette affaire s’inscrit dans un contexte où la législation béninoise relative à la cybercriminalité et à la protection de la vie privée s’impose de plus en plus fermement, notamment en ce qui concerne le traitement des contenus diffusés en ligne. La condamnation de Angela Kpeidja illustre la volonté affirmée des autorités judiciaires de veiller au respect de la dignité de l’individu face aux nouveaux enjeux soulevés par la digitalisation de la communication. Le jugement en question soulève également la délicate question de l’équilibre à ménager entre la liberté d’expression et la protection de l’honneur ainsi que de la réputation. La Cour a semblé estimer, en l’espèce, que les publications de la journaliste dépassaient la limite de la liberté d’expression pour s’apparenter à du harcèlement électronique, avec des répercussions préjudiciables pour la victime, Stevy Wallace.

De surcroît, la réduction de la demande de dommages-intérêts formulée par la partie civile, passant de 80 millions à 20 millions de francs CFA, traduit probablement la reconnaissance de la nécessité de réparer le préjudice tout en respectant les limites imposées par la législation en matière de réparation civile en cas de diffamation ou de harcèlement en ligne. Ce verdict constitue une étape déterminante dans le paysage juridique et médiatique béninois, en particulier dans la lutte contre les abus en ligne. La condamnation d’une journaliste pour des publications sur les réseaux sociaux envoie un message clair quant à la responsabilité encourue par les acteurs de la sphère numérique, tout en mettant en garde contre les dangers du harcèlement électronique. La partie civile s’est dite quasiment satisfaite d’une décision conforme à une partie de ses attentes, estimant qu’elle représente malgré tout une avancée essentielle dans la réparation des préjudices subis.
Ce jugement met en lumière les défis inhérents à la transparence, à la responsabilité et à la liberté d’expression sur Internet, qui demeurent au centre des débats juridiques, sociaux et éthiques dans un monde en constante connectivité. La jurisprudence à venir devra sans doute poursuivre ses efforts pour ménager un équilibre judicieux entre ces enjeux, afin d’instaurer une régulation adaptée, à la fois protectrice et respectueuse des droits fondamentaux de chacun.
Hugues Hector ZOGO

