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Chaque année, la Journée nationale de l’arbre revient dans notre calendrier comme un rendez-vous citoyen majeur au Bénin. Des milliers de plants sont mis en terre à travers le pays. Les autorités administratives, les collectivités territoriales, les écoles, les associations, les entreprises et les citoyens se mobilisent autour d’un même geste : planter un arbre.

Le geste est noble. Le symbole est fort. Mais au-delà de la cérémonie, une question mérite d’être posée : plantons-nous des arbres ou préparons-nous réellement l’avenir ? Cette interrogation n’est ni provocatrice ni pessimiste. Elle vise simplement à replacer la question environnementale au cœur du débat national. Car l’arbre n’est pas un simple élément du paysage.

L’arbre est un acteur silencieux de notre survie collective. Il purifie l’air que nous respirons. Il protège les sols contre l’érosion. Il favorise l’infiltration des eaux de pluie. Il régule les températures. Il contribue à la biodiversité. Il participe à l’équilibre climatique. Autrement dit, lorsqu’un arbre disparaît, ce n’est pas seulement un végétal qui est perdu. C’est une partie de notre sécurité environnementale qui s’affaiblit.

Or, les défis écologiques auxquels le Bénin est confronté sont bien réels. L’avancée de la désertification dans certaines zones, la dégradation des terres agricoles, l’érosion côtière, les inondations récurrentes, la pression démographique sur les ressources naturelles, la coupe abusive du bois et les effets du changement climatique constituent autant de menaces qui exigent une réponse durable.

Les scientifiques sont aujourd’hui unanimes. Le changement climatique n’est plus une hypothèse. C’est une réalité observable. Les saisons deviennent parfois plus irrégulières. Les épisodes de fortes pluies alternent avec des périodes de sécheresse plus marquées. Les rendements agricoles sont affectés. Les ressources en eau subissent des tensions croissantes. Les populations les plus vulnérables sont souvent les premières exposées à ces bouleversements. Face à cette situation, l’arbre apparaît comme l’un des alliés les plus efficaces de l’humanité.

Et pourtant, la question environnementale continue parfois d’être perçue comme une préoccupation secondaire. Beaucoup de citoyens considèrent encore qu’il s’agit d’un sujet réservé aux écologistes, aux experts ou aux pouvoirs publics. C’est une erreur. L’environnement concerne tout le monde. Le paysan qui dépend de la fertilité des sols. Le pêcheur qui dépend de la qualité des écosystèmes aquatiques. Le commerçant qui subit les effets des inondations. Le citadin qui souffre des fortes chaleurs. L’élève qui héritera du pays de demain. Personne n’est en dehors de cette équation.

Mais une autre question mérite également d’être posée. Pourquoi tant d’arbres plantés disparaissent-ils quelques mois après leur mise en terre ? Le problème ne réside pas uniquement dans la plantation. Le véritable défi réside dans la survie des plants. Planter un arbre est un acte ponctuel. Le protéger est un engagement dans la durée. L’arroser, le surveiller, le préserver des feux de brousse, des animaux et des dégradations humaines exige une discipline collective.

Une nation ne se reboise pas en une journée. Elle se reboise par des années d’efforts constants. C’est pourquoi la Journée nationale de l’arbre doit être davantage qu’une célébration symbolique. Elle doit devenir une occasion de réflexion sur notre rapport à la nature. Quel héritage environnemental souhaitons-nous transmettre aux générations futures ? Voulons-nous laisser à nos enfants un territoire plus vert ou plus vulnérable ? Des forêts préservées ou des terres dégradées ? Des cours d’eau protégés ou des écosystèmes menacés ? Ces questions dépassent largement le cadre environnemental.

Ces questions touchent au développement économique. Elles concernent la sécurité alimentaire. Elles influencent la santé publique. Elles déterminent la qualité de vie des populations. L’arbre est donc également une question de développement. Chaque arbre planté aujourd’hui constitue un investissement pour demain. Un investissement silencieux. Un investissement patient. Un investissement dont les bénéfices profiteront souvent davantage aux générations futures qu’à celles qui l’ont réalisé.

Voilà pourquoi l’acte de planter un arbre est profondément citoyen. Il traduit une capacité à penser au-delà de soi-même. À agir pour ceux que l’on ne connaîtra peut-être jamais. À contribuer à un avenir dont on ne verra pas nécessairement tous les fruits. Dans un monde dominé par l’urgence, l’arbre nous enseigne la patience. Dans une époque marquée par l’individualisme, il nous rappelle l’importance de l’intérêt général. Dans une société parfois tournée vers les résultats immédiats, il nous invite à investir dans le long terme.

Au fond, la Journée nationale de l’arbre nous pose une question simple mais essentielle : sommes-nous prêts à devenir les gardiens responsables de notre patrimoine environnemental ? Car l’avenir écologique du Bénin ne dépendra pas uniquement des lois, des programmes gouvernementaux ou des financements internationaux. Il dépendra également des choix quotidiens de chaque citoyen. Planter un arbre est un acte symbolique. Le faire grandir est un acte de responsabilité. Le protéger est un acte de patriotisme. Et transmettre une terre plus verte aux générations futures est sans doute l’une des plus belles formes d’amour que nous puissions témoigner à notre pays.

Hugues Hector ZOGO
Journaliste – Écrivain

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