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Depuis le 1er juin 1985, des millions de plants ont été mis en terre à travers les villes, les villages, les écoles, les administrations, les casernes, les espaces publics et les domaines privés au Bénin. Derrière cette initiative devenue une véritable tradition républicaine se trouve la vision d’un homme d’État dont l’histoire retiendra qu’il avait compris, bien avant beaucoup d’autres, que le développement d’une nation ne pouvait être dissocié de la protection de son environnement : le Général Mathieu KÉRÉKOU.

À l’heure où les défis climatiques occupent désormais une place centrale dans les débats mondiaux, il est juste de rendre hommage à celui qui eut l’intuition précoce d’inscrire l’arbre au cœur de la conscience citoyenne béninoise. Lorsqu’il institua la Journée nationale de l’arbre en 1985, les questions environnementales n’occupaient pas encore l’espace médiatique qu’elles connaissent aujourd’hui. Le changement climatique n’était pas devenu une préoccupation universelle. Les conférences internationales sur l’environnement n’avaient pas encore atteint leur ampleur actuelle. Pourtant, le Général Mathieu KÉRÉKOU avait déjà compris une vérité fondamentale : une nation qui détruit son environnement compromet son propre avenir.

Cette vision mérite aujourd’hui d’être saluée à sa juste valeur. Car planter un arbre ne relève pas seulement d’un geste écologique. C’est un acte de civilisation. C’est une manifestation concrète de responsabilité envers les générations futures. C’est un investissement silencieux dont les bénéfices profiteront souvent davantage à ceux qui viendront après nous qu’à ceux qui l’ont initié. En faisant du 1er juin un rendez-vous national du reboisement, le Général Mathieu KÉRÉKOU a offert au Bénin bien plus qu’une cérémonie annuelle. Il a instauré une pédagogie collective. Il a invité les citoyens à regarder au-delà de l’immédiat. Il a rappelé que la grandeur d’un peuple se mesure aussi à sa capacité à préserver les ressources dont dépend son avenir.

L’arbre est en effet l’un des symboles les plus puissants de la vie. L’arbre protège les sols. Il conserve l’humidité. Il favorise les pluies. Il absorbe le dioxyde de carbone. Il produit l’oxygène indispensable à la vie. Il constitue un refuge pour la biodiversité. Il participe à l’équilibre des écosystèmes. Dans les campagnes béninoises, il protège les cultures contre certaines agressions climatiques. Dans les villes, il apporte de l’ombre et contribue à atténuer les effets des fortes chaleurs. Partout, il rappelle que l’homme ne peut prospérer durablement contre la nature.

Le mérite historique du Général Mathieu KÉRÉKOU est d’avoir compris cette réalité à une époque où peu de dirigeants africains plaçaient encore la question environnementale parmi les priorités nationales. Son initiative a traversé les décennies. Les gouvernements se sont succédé. Les générations ont changé. Les contextes politiques ont évolué. Mais la Journée nationale de l’arbre est demeurée.

Chaque année, le peuple béninois renouvelle ce pacte avec la nature. Chaque année, des citoyens de tous âges participent à cet effort collectif. Chaque année, le geste posé en 1985 retrouve une nouvelle actualité. Cette continuité constitue en elle-même un hommage vivant à son initiateur. Peu de décisions publiques résistent aussi durablement à l’épreuve du temps. Lorsqu’une initiative continue de produire du sens plus de quarante ans après sa création, elle cesse d’appartenir à un homme pour entrer dans le patrimoine moral de toute une nation. C’est précisément le cas de la Journée nationale de l’arbre.

Aujourd’hui, les enjeux environnementaux sont devenus plus pressants que jamais. L’érosion côtière menace certaines localités. Les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient. La pression démographique exerce une influence croissante sur les ressources naturelles. Les équilibres écologiques deviennent plus fragiles. Face à ces défis, l’héritage du Général Mathieu KÉRÉKOU apparaît avec une pertinence remarquable. Son message demeure d’une actualité saisissante : protéger l’environnement n’est pas une option ; c’est une nécessité.

Le meilleur hommage que le Bénin puisse rendre à ce précurseur ne réside pas uniquement dans les discours commémoratifs. Il se trouve dans la poursuite de l’œuvre engagée. Il se trouve dans chaque arbre protégé. Dans chaque espace vert préservé. Dans chaque citoyen conscient de sa responsabilité écologique. Dans chaque enfant qui apprend à aimer et à respecter la nature. Car la véritable postérité des grands hommes se mesure moins aux monuments qu’à la permanence de leurs idées.

En ce 1er juin, alors que des milliers de Béninois se mobilisent une fois encore pour planter des arbres à travers le pays, il est légitime de saluer la mémoire du Général Mathieu KÉRÉKOU : visionnaire avant son temps, précurseur de la conscience environnementale nationale, artisan d’une tradition citoyenne devenue un symbole d’espérance. À travers chaque plant mis en terre, c’est une part de son héritage qui continue de vivre.

Et à travers chaque arbre qui grandit sous le ciel béninois, c’est un message silencieux qui traverse les générations : celui d’un homme qui avait compris que l’avenir d’une nation se prépare souvent dans l’ombre bienfaisante des arbres qu’elle choisit de planter.

Hugues Hector ZOGO

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