Repères Impacts,
Informer pour la Paix !

Il est des existences qui méritent davantage d’être célébrées que pleurées. Des vies si riches de sens, si fécondes en bonté et si exemplaires dans leur cohérence qu’au moment où elles s’achèvent sur cette terre, elles continuent de rayonner avec une force particulière. C’est dans cet esprit que je choisis aujourd’hui d’évoquer la mémoire du patriarche Émile GBENOU. Je ne célèbre pas sa mort. Je célèbre sa vie. Je célèbre l’itinéraire d’un homme qui a su faire de son passage parmi les hommes un témoignage permanent de foi, d’humanité et de service.

Lorsque la nouvelle de son rappel à Dieu m’est parvenue, mon cœur n’a pas été envahi par les larmes. Il a plutôt été habité par une profonde admiration. Bien sûr, toute séparation comporte sa part de douleur. Mais comment s’abandonner au désespoir devant le départ d’un homme qui semblait avoir compris, depuis longtemps, le véritable sens de l’existence ? Comment ne pas rendre grâce pour une vie aussi utile, aussi généreuse et aussi profondément orientée vers le bien ?

Pour moi, le patriarche Émile GBENOU demeure l’un des grands visages de mon enfance. Il appartient à cette génération d’hommes qui éduquaient sans bruit, qui formaient sans ostentation et qui transmettaient des valeurs sans jamais les imposer. Son attention bienveillante, sa disponibilité, ses conseils avisés et sa capacité à encourager les plus jeunes ont marqué durablement mon parcours. Je garde encore vivants dans ma mémoire ses recommandations pleines de sagesse et cette élégance morale qui caractérisait chacun de ses gestes.

Je me souviens particulièrement des livres qu’il offrait. Derrière chaque ouvrage donné se cachait une conviction profonde : celle que la connaissance libère, élève et prépare les générations futures à accomplir leur destinée. À une époque où beaucoup investissent dans l’éphémère, lui investissait dans l’intelligence, la formation et l’espérance. Sans doute ne mesurait-il pas toujours l’ampleur de l’influence qu’il exerçait sur ceux qu’il accompagnait.

Le patriarche Émile GBENOU fut un éducateur hors pair. Non pas seulement parce qu’il prodiguait des conseils, mais parce qu’il incarnait lui-même ce qu’il enseignait. Il rappelait par sa propre vie que l’éducation ne consiste pas uniquement à transmettre des connaissances ; elle consiste avant tout à former des consciences. Son existence fut une leçon permanente de discipline, de responsabilité, de respect et de dignité.

Le patriarche Émile GBENOU était également un homme profondément attaché à sa famille. Il aimait son épouse avec fidélité. Il aimait ses enfants avec tendresse et exigence. Il comprenait que la grandeur d’un homme se mesure aussi à sa capacité à construire un foyer solide et harmonieux. À travers son exemple, il rappelait que la famille demeure l’une des plus belles écoles de l’amour et du don de soi.

Son attachement à l’Église était tout aussi remarquable. Sa foi ne relevait ni de l’apparence ni de l’habitude. Elle imprégnait sa manière de vivre, de parler, d’agir et de servir. Le patriarche Émile GBENOU avait compris que la foi chrétienne trouve sa plus belle expression dans le témoignage quotidien. Chez lui, l’Évangile n’était pas un discours ; il était un mode de vie.

Le patriarche Émile GBENOU aimait profondément Ouidah. Il aimait son histoire, sa mémoire, ses traditions et son avenir. Son engagement pour sa ville natale ne procédait jamais d’un calcul personnel. Il puisait sa source dans un authentique attachement à sa communauté et dans une volonté constante de contribuer à son rayonnement. Il faisait partie de ces hommes qui considèrent que servir leur cité est une manière de servir Dieu. L’UGDO vient de perdre sa boussole de sagesse…

Au fil des années, le patriarche Émile GBENOU s’est imposé comme un véritable bâtisseur de paix. Dans un monde souvent traversé par les divisions, il privilégiait le dialogue. Là où d’autres entretenaient les fractures, il cherchait les chemins de la réconciliation. Là où les intérêts particuliers s’opposaient, il rappelait la nécessité du bien commun. Sa vie entière fut un plaidoyer silencieux pour la fraternité humaine.

Je garde également une reconnaissance particulière pour le soutien qu’il m’a apporté lors de la publication de mon premier ouvrage, « Ouidah au seuil de son espérance », en 2009. Il a cru en ce projet. Il l’a encouragé. Il l’a accompagné avec cette discrétion qui caractérisait sa générosité. Son appui fut précieux. Son regard bienveillant fut un encouragement. Son soutien demeure un souvenir que je conserverai toujours avec gratitude.

L’histoire du patriarche Émile GBENOU est aussi liée à celle de ma famille. Son amitié profonde avec mon regretté grand-père maternel, Joseph GBEDJINOU, rappelé à Dieu le 2 juillet 1995, témoigne de sa fidélité aux liens humains. Leur fraternité fut exemplaire. Elle nous rappelle que les véritables amitiés survivent au temps et continuent d’inspirer ceux qui leur succèdent.

En contemplant aujourd’hui son parcours, une conviction s’impose à moi avec évidence : Le patriarche Émile GBENOU a passé sa vie à construire le Ciel. Chaque conseil donné, chaque geste de générosité, chaque parole de paix, chaque service rendu constituait une pierre ajoutée à cette œuvre spirituelle qu’il bâtissait patiemment depuis des décennies. Sa vie entière fut une préparation à la rencontre avec Celui qu’il a servi avec fidélité.

Quelle joie de croire qu’il contemple désormais la Sainte Face du Seigneur ! Quelle consolation de penser qu’après avoir tant donné aux hommes, il reçoit aujourd’hui la récompense promise aux serviteurs fidèles ! Son départ ne marque pas la fin d’une histoire. Il ouvre simplement une nouvelle étape dans l’éternité de Dieu.

Merci, Patriarche. Merci pour votre vie exemplaire. Merci pour vos conseils. Merci pour votre amitié. Merci pour votre soutien. Merci pour votre témoignage de foi. Merci pour tout ce que vous avez semé dans le cœur de ceux qui ont eu le privilège de croiser votre route.

Je ne célèbre pas votre mort. Je célèbre votre vie. Une vie belle. Une vie utile. Une vie donnée. Une vie qui, aujourd’hui encore, continue d’enseigner.

Dormez dans la bonté de votre Maître. Que la paix du Christ ressuscité vous accueille pour toujours. Et que votre souvenir demeure une lumière pour tous ceux qui veulent faire de leur passage sur terre un chemin vers le Ciel. Merci, Patriarche…

Hugues Hector ZOGO

Share.

Laisser une réponse

error: Content is protected !!
Exit mobile version