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Interview Exclusive – Vision, actions et soutiens pour une mandature transformative

L’air de Ouidah semble chargé d’une énergie nouvelle, une onde de renouveau qui pulse au rythme des ambitions réaffirmées de son premier magistrat. Christian Houétchénou, réinstallé dans ses fonctions de maire pour un second mandat, ne se contente pas de gérer l’existant. Il scelle, selon ses propres termes, un « nouveau pacte » avec la cité historique, un contrat moral et politique visant à transcender son glorieux passé pour en faire le socle d’un avenir radieux. Dans cette interview exclusive, le maire dévoile les contours de cette ambition refondatrice. Il évoque la reconnaissance envers le chef de l’État Patrice Talon, son soutien à une figure politique nationale, et surtout, sa feuille de route pour Ouidah : une fusion audacieuse entre la mémoire patrimoniale, l’innovation numérique et l’essor touristique, avec en ligne de mire l’inscription tant convoitée au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Repères Impacts : Monsieur le Maire, vous parlez de « sceller un nouveau pacte » avec Ouidah. Pouvez-vous nous expliciter les fondements de ce pacte et en quoi il diffère de la vision de votre premier mandat ?

Christian Houétchénou : Le premier mandat fut essentiellement celui de la consolidation des bases, de la réhabilitation des infrastructures essentielles et de la restauration de la confiance entre la municipalité et les citoyens. Le nouveau pacte, lui, est un engagement mutuel ascendant, une promesse de transformation qualitative. Ses fondements reposent sur trois piliers indissociables. Premièrement, la reconnexion avec notre essence historique non comme une vénération stérile du passé, mais comme un capital dynamique pour le futur. Deuxièmement, l’émancipation de notre jeunesse par les outils du siècle, à savoir le numérique et l’innovation, pour qu’elle soit actrice de la cité et non spectatrice de son histoire. Enfin, troisièmement, la projection de Ouidah sur la scène internationale par une valorisation patrimoniale systématique et exigeante. Il ne s’agit plus seulement d’administrer la ville, mais de la réinventer en un écosystème où mémoire et modernité, spiritualité et technologie, cohabitent et se fertilisent mutuellement. Ce pacte est un appel à l’ambition collective.

Repères Impacts : Vous avez rendu un hommage appuyé au Président de la République, Son Excellence Patrice Talon, pour son « amour formidable pour Ouidah ». Quelles sont les manifestations concrètes de cet amour et comment s’inscrivent-elles dans votre projet ?

Christian Houétchénou : L’attachement du Président de la République à Ouidah n’est pas une simple déclaration de principe ; il se matérialise par des actes structurants qui changent le visage de notre cité. Cet amour formidable se lit dans les investissements majeurs consentis dans le cadre du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG). Je pense notamment aux travaux d’embellissement et de réaménagement de la Route des Épices et de la Route de l’Esclave, qui redonnent à ces axes symboliques leur dignité et leur potentiel touristique. Je pense aux infrastructures hôtelières de standing qui voient le jour, attirant une clientèle exigeante. Plus fondamentalement, la vision présidentielle de faire du Bénin un quartier général de l’économie touristique régionale place naturellement Ouidah, ville-musée par excellence, au cœur de cette stratégie. Cet engagement de l’État est le levier indispensable qui permet à notre ambition municipale de prendre son envol. Il valide notre conviction que Ouidah est un joyau national dont la valorisation sert la grandeur de tout le Bénin.

Repères Impacts : Vous avez également exprimé un soutien sans faille à Romuald Wadagni pour la prochaine élection présidentielle. Pourquoi ce soutien et quel lien faites-vous entre cette position nationale et votre action locale ?

Christian Houétchénou : La politique, à son niveau le plus noble, est l’art de discerner les visions et les compétences au service de l’intérêt général. Mon soutien à Romuald Wadagni procède d’une analyse lucide des défis du Bénin et des qualités requises pour les relever. J’ai pu apprécier, à travers son action ministérielle, une rigueur intellectuelle exceptionnelle, une maîtrise des enjeux économiques globaux et une capacité à exécuter des réformes complexes avec détermination. Ouidah a besoin, pour réaliser son plein potentiel, d’un environnement national stable, économiquement sain et tourné résolument vers l’innovation. La continuité dans la modernisation du pays, portée par une équipe éprouvée et une vision claire, est à mes yeux la garantie que les projets structurants pour notre ville trouveront un écho favorable et les financements nécessaires. Mon engagement local se nourrit de la confiance en une gouvernance nationale vertueuse et prospective.

Repères Impacts : Le numérique et l’innovation pour les jeunes sont au cœur de vos priorités. Concrètement, quelles actions comptez-vous mettre en place pour éviter que cela ne reste un vœu pieux ?

Christian Houétchénou : L’ère des vœux pieux est révolue. Notre approche est programmatique et pragmatique. Nous lançons dès cette année le programme « Ouidah Silicon Lagoon », qui comprend plusieurs axes opérationnels. Premièrement, la création d’un « Fab Lab Municipal » équipé d’imprimantes 3D, de découpeuses laser et de matériel de prototypage électronique, ouvert aux étudiants et aux jeunes entrepreneurs. Deuxièmement, l’instauration de bourses municipales pour les formations aux métiers du numérique (développement, cybersécurité, marketing digital, intelligence artificielle) en partenariat avec des écoles agréées. Troisièmement, l’organisation annuelle d’un hackathon international « Code & Heritage » qui challengera des équipes du monde entier à créer des applications, des visites virtuelles ou des solutions de gestion pour le patrimoine de Ouidah. Enfin, nous travaillerons à l’installation d’une pépinière d’entreprises (incubateur) spécialisée dans les technologies culturelles (CultureTech). L’objectif est de faire de Ouidah un laboratoire d’innovation où la jeunesse transforme le patrimoine en opportunités économiques.

Repères Impacts : Ouidah est souvent qualifiée de « ville-musée ». Comment comptez-vous dynamiser le secteur touristique au-delà de la simple visite patrimoniale classique ?

Christian Houétchénou : La notion de « ville-musée » ne doit pas être un carcan, mais un tremplin. Nous voulons passer d’un tourisme de contemplation à un tourisme d’immersion, d’expérience et de séjour. Cela implique une diversification de l’offre. Nous développerons un tourisme mémoriel scientifique avec des colloques internationaux et des résidences de chercheurs autour de la traite et des diasporas. Nous lancerons un tourisme culturel vivant en soutenant des festivals d’arts contemporains, de musique Vodun ou de danse qui dialoguent avec le patrimoine. Le tourisme spirituel sera structuré, dans le respect des traditions, pour offrir un cadre authentique et sérieux aux chercheurs de sens. Enfin, le tourisme d’affaires et de congrès sera stimulé par la construction d’un centre de conférences aux normes internationales, capitalisant sur l’aura historique de la ville. Chaque visiteur doit pouvoir vivre sa propre « couche » de Ouidah, de la plus historique à la plus contemporaine.

Repères Impacts : L’inscription de Ouidah au patrimoine mondial de l’UNESCO est un objectif affiché. Où en est le processus et quels sont les programmes spécifiques que vous portez pour y parvenir ?

Christian Houétchénou : L’objectif UNESCO est la boussole de notre action patrimoniale. Le processus est exigeant et long, mais nous l’abordons avec méthode et détermination. Nous devons démontrer la Valeur Universelle Exceptionnelle (VUE) de Ouidah, non seulement comme port négrier, mais comme creuset unique de résilience, de syncrétisme religieux et de renaissance culturelle. En parallèle, plusieurs autres programmes concrets seront mis en valeur. Le programme « Mémoire des Murailles » vise la restauration scientifique et la mise en valeur des derniers fragments des remparts de la ville. Le projet « Archives Sonores de Ouidah » a pour but de numériser et de sauvegarder les récits, chants et traditions orales. Enfin, le plan « Gestion Intégrée du Centre Ancien » réglemente strictement l’urbanisme, la publicité et les constructions nouvelles pour préserver l’intégrité du paysage urbain historique. Chaque pierre restaurée, chaque mémoire collectée, renforce notre crédibilité devant le comité de l’UNESCO.

Repères Impacts : Ce rayonnement ambitieux ne risque-t-il pas de créer une fracture avec les habitants, de « muséifier » la ville au détriment du quotidien de ses citoyens ?

Christian Houétchénou : Votre question est fondamentale. Le pire écueil serait en effet de créer une ville-sanctuaire pour touristes, vidée de son âme vivante. Notre philosophie est exactement inverse : le citoyen est le premier gardien et le premier bénéficiaire de ce rayonnement. Tous les projets intègrent une dimension d’utilité locale. Le Fab Lab servira aussi aux artisans pour moderniser leurs productions. La rénovation des places publiques vise d’abord la qualité de vie des filles et fils de Ouidah. La formation des jeunes aux métiers du numérique leur offre un avenir ici, chez eux. Le tourisme doit générer des emplois directs (guides, hôtellerie, restauration) et indirects (artisanat, agriculture locale). L’objectif est de créer une économie circulaire du patrimoine où la valorisation de l’histoire génère des ressources qui améliorent le présent. Ouidah sera rayonnante parce que ses habitants y seront fiers, épanouis et prospères.

Repères Impacts : La gestion d’une ville historique comme Ouidah implique des arbitrages délicats entre préservation et modernité. Comment gérez-vous cette tension au quotidien ?

Christian Houétchénou : Cette tension est le sel même de notre mandat. Elle ne se gère pas par l’affrontement, mais par la conciliation créative. Nous verrons dans quelle mesure instaurer une Commission Municipale du Patrimoine et de l’Urbanisme, composée d’élus, d’architectes, d’historiens et de représentants des quartiers, qui instruit chaque projet d’envergure. Le principe directeur est que la modernité ne doit pas nier l’histoire, mais peut s’y inscrire avec respect et intelligence. Par exemple, l’installation de la fibre optique, indispensable, se fait par des gaines discrètes, sans tranchées destructrices dans les sites sensibles. Les nouveaux bâtiments publics que nous envisageons auront une architecture contemporaine, mais utiliseront des matériaux locaux (terre, bois) et s’inspireront des lignes traditionnelles. Il s’agit d’éviter le pastiche pour favoriser un dialogue harmonieux entre les époques. La préservation n’est pas la momification ; c’est la transmission d’un cadre vivant et évolutif.

Repères Impacts : Quel est votre rêve pour Ouidah à l’horizon de la fin de ce mandat ? Quelle image voulez-vous que la ville projette dans sept ans ?

Christian Houétchénou : Mon rêve est qu’à l’horizon 2033, Ouidah soit perçue et vécue comme la référence africaine de la ville patrimoniale intelligente. Une ville où un chercheur viendra consulter des archives numérisées de pointe, où un entrepreneur du monde entier participera à un hackathon dans un cadre historique inspirant, où un pèlerin trouvera la sérénité, où un artiste créera une œuvre en résidence, et où un enfant de Ouidah, formé dans notre Fab Lab, déposera le brevet d’une application de médiation culturelle. Je veux que l’on parle de Ouidah non seulement pour sa Porte du Non-Retour, mais pour sa porte ouverte sur l’avenir. L’image que je souhaite est celle d’un lieu de confluence unique : confluence des mémoires, des diasporas, des technologies et des espoirs. Une cité où le passé, loin d’être un poids, est devenu le socle le plus solide pour s’élancer vers demain. C’est cela, le nouveau pacte.

L’ambition dépeinte par Christian Houétchénou est à la mesure de l’âme de Ouidah : vaste, profonde et résolument tournée vers l’universel. Son « nouveau pacte » apparaît comme une feuille de route exigeante, mêlant avec audace hommage aux bienfaiteurs de la cité, soutien politique assumé, et surtout, une vision intégrée où le développement passe par l’alliance du patrimoine le plus sacré et des technologies les plus contemporaines. Le pari est de taille : faire d’une ville-musée une ville-laboratoire, sans trahir son essence mais en l’amplifiant. Si les actions annoncées – du « Silicon Lagoon » au dossier UNESCO – se concrétisent, Ouidah pourrait bien offrir au Bénin et à l’Afrique un modèle de renaissance culturelle et économique. L’histoire, ici, ne se regarde plus seulement dans le rétroviseur. Sous l’impulsion de son maire, elle devient le carburant pour un voyage collectif vers un avenir numérique et patrimonial à la fois. Le pacte est scellé. Place maintenant à l’œuvre.

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