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À Rabat, la 31ᵉ édition du Salon International de l’Édition et du Livre confirme une nouvelle fois son statut de grand carrefour mondial des idées, des lettres et des imaginaires. Devenue l’un des rendez-vous culturels majeurs du continent africain et du monde arabe, cette manifestation internationale réunit écrivains, chercheurs, éditeurs, intellectuels et acteurs culturels autour des grands enjeux contemporains de la pensée et de la création. Placée sous le signe de la pluralité, de l’ouverture et du dialogue des cultures, cette édition 2026 du SIEL, organisée à Rabat, consacre également la littérature comme espace stratégique de souveraineté symbolique, de transmission et de refondation des récits.

C’est dans ce contexte particulièrement dense que s’est tenu, dans l’après-midi du samedi 09 mai 2026, à la Salle Charif Al Idrissi, un panel de haute tenue intellectuelle autour du thème : « Résonance africaine : littérature africaine, entre marge et visibilité mondiale ». Une réflexion essentielle à l’heure où les écrivains africains investissent progressivement les grands espaces de reconnaissance internationale tout en continuant d’affronter les inerties d’un canon littéraire mondial historiquement asymétrique.

Aux côtés de Elara Bertho et de Youssouf Amine Elalamy, la députée béninoise Claudine Afiavi Prudencio a particulièrement marqué les esprits par la profondeur de son intervention, la densité de son propos et la portée civilisationnelle de sa lecture des enjeux littéraires africains contemporains.

Dès les premières articulations de sa prise de parole, Claudine Afiavi Prudencio a déplacé le débat bien au-delà d’une simple question de visibilité éditoriale. Pour elle, la marginalisation historique des littératures africaines procède d’abord d’un déséquilibre profond dans la production mondiale des récits, dans la hiérarchisation des imaginaires et dans les mécanismes internationaux de légitimation culturelle.

Son intervention s’est ainsi construite autour d’une idée centrale : la littérature africaine ne doit plus être pensée comme une périphérie cherchant à intégrer un centre dominant, mais comme une matrice autonome de pensée, de sensibilité et de production intellectuelle capable de participer à la redéfinition du monde contemporain.

Dans un registre particulièrement maîtrisé, la parlementaire béninoise a rappelé que l’Afrique a longtemps été racontée par d’autres voix qu’elle-même. Pendant des siècles, a-t-elle souligné, les récits dominants sur le continent furent largement produits à travers des grilles exogènes, souvent marquées par les logiques coloniales, les représentations de dépendance ou les imaginaires de l’altérité radicale.

Or, selon Claudine Afiavi Prudencio, la nouvelle génération d’écrivains africains engage aujourd’hui un mouvement décisif de réappropriation narrative. Elle a insisté sur le fait que la littérature africaine contemporaine ne se limite plus à une littérature de dénonciation ou de mémoire coloniale, mais qu’elle devient progressivement une littérature de projection, d’invention et d’affirmation civilisationnelle.

Dans cette dynamique, la députée béninoise a accordé une place importante à la question des langues, considérées comme des espaces fondamentaux de souveraineté culturelle. Elle a évoqué la nécessité de valoriser les langues africaines non comme des instruments folkloriques, mais comme des vecteurs complets de pensée philosophique, de création esthétique et de transmission des savoirs.

Pour Claudine Afiavi Prudencio, l’avenir de la littérature africaine réside précisément dans cette capacité à articuler enracinement et universalité. Elle a défendu une vision selon laquelle les écrivains africains ne doivent ni s’enfermer dans une posture identitaire restrictive ni chercher à reproduire les normes imposées par les grands marchés éditoriaux mondiaux.

Au contraire, a-t-elle affirmé, la puissance de la littérature africaine contemporaine réside dans sa capacité à proposer des formes nouvelles, des sensibilités nouvelles et des manières inédites d’habiter le monde.

Son intervention a également mis en lumière les mutations géopolitiques du champ culturel international. Selon elle, l’Afrique entre progressivement dans une phase de reconfiguration symbolique où ses productions intellectuelles, artistiques et littéraires acquièrent une visibilité nouvelle sur la scène mondiale.

Elle a notamment évoqué l’émergence d’écrivains africains devenus aujourd’hui des références internationales majeures, capables non seulement d’obtenir une reconnaissance mondiale, mais aussi d’influencer les débats contemporains sur l’identité, la mémoire, les migrations, les fractures sociales ou les nouvelles humanités.

Mais Claudine Afiavi Prudencio a tenu à rappeler que cette visibilité croissante ne doit pas masquer les déséquilibres persistants dans les circuits mondiaux de diffusion culturelle. Elle a insisté sur les difficultés structurelles auxquelles restent confrontés de nombreux auteurs africains : faiblesse des industries éditoriales locales, accès limité à la traduction, concentration des grands circuits de légitimation culturelle dans les espaces occidentaux, ou encore insuffisance des politiques publiques de soutien au livre.

C’est précisément à ce niveau qu’elle a appelé à une responsabilité collective des États africains. Selon elle, le développement de la littérature ne peut être abandonné aux seules dynamiques du marché. Il implique des politiques culturelles ambitieuses capables de soutenir l’édition, la lecture publique, les bibliothèques, la formation littéraire et la circulation des œuvres africaines sur le continent lui-même.

Dans une séquence particulièrement applaudie, la députée béninoise a également souligné l’importance stratégique de la jeunesse africaine dans cette renaissance littéraire. Elle a décrit une génération connectée, créative, mobile intellectuellement, mais souvent confrontée à une fragilisation de ses repères culturels dans un monde dominé par les industries globalisées de l’image et du divertissement.

Face à cette réalité, Claudine Afiavi Prudencio a présenté la littérature comme un instrument de reconstruction intérieure, de transmission des héritages et de consolidation de la conscience historique africaine. Pour elle, lire l’Afrique écrite par les Africains constitue un acte de souveraineté intellectuelle autant qu’un acte de dignité culturelle.

Sa lecture du rôle des femmes dans cette dynamique a également retenu l’attention. Elle a salué l’émergence d’une parole féminine africaine de plus en plus affirmée dans les espaces littéraires internationaux. Selon elle, les écrivaines africaines contemporaines participent aujourd’hui à une redéfinition profonde des représentations sociales, politiques et culturelles du continent.

À travers leurs œuvres, a-t-elle expliqué, elles déconstruisent les stéréotypes hérités tout en ouvrant de nouvelles perspectives sur les rapports sociaux, les mémoires, les violences, les résistances et les aspirations africaines contemporaines.

L’intervention de Claudine Afiavi Prudencio s’est également distinguée par sa capacité à relier la littérature aux grands enjeux du monde actuel. Elle a défendu l’idée selon laquelle les écrivains africains participent désormais aux réflexions universelles sur le vivant, les crises identitaires, les fractures géopolitiques, la migration, la spiritualité ou encore la condition humaine dans un monde en recomposition.

Cette capacité à produire une pensée du monde à partir de l’expérience africaine constitue, selon elle, l’une des plus grandes forces de la littérature africaine contemporaine.

Dans l’assistance, plusieurs observateurs ont souligné la qualité intellectuelle et la hauteur diplomatique de la représentation béninoise à ce panel. Car au-delà de sa propre intervention, Claudine Afiavi Prudencio a porté, à travers sa présence au SIEL, l’image d’un Bénin engagé dans les grandes conversations culturelles internationales.

Sa participation illustre également le positionnement croissant du Bénin dans les espaces africains de production intellectuelle et de diplomatie culturelle. Dans un contexte continental où la culture devient un enjeu majeur d’influence et de souveraineté symbolique, cette visibilité acquiert une portée stratégique importante.

Le choix même du thème du panel résonnait particulièrement avec les dynamiques actuelles de la pensée africaine. « Résonance africaine » ne renvoie pas uniquement à une visibilité médiatique accrue ; il interroge la capacité du continent à produire des récits capables de transformer les représentations mondiales.

À travers sa prise de parole, Claudine Afiavi Prudencio a précisément défendu cette ambition : faire de la littérature africaine non plus une littérature assignée à la marge, mais une littérature pleinement actrice de l’universel.

Au terme de cette rencontre intellectuelle de haut niveau, une évidence s’est imposée : la littérature africaine n’est plus simplement en quête de reconnaissance ; elle participe désormais activement à la redéfinition des imaginaires contemporains.

Et dans cette dynamique, la voix portée par la députée béninoise à Rabat aura incontestablement contribué à honorer le Bénin dans l’un des plus prestigieux rendez-vous littéraires du continent africain et du monde francophone.

Hugues Hector ZOGO

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