Robert S.M. Dossou est président de l’Association africaine de droit international, ancien président de la Cour constitutionnelle du Bénin et ancien ministre des Affaires étrangères du Bénin. Il est né le 13 mai 1939 à Covè au Bénin.
Robert S.M. Dossou incarne, par son parcours exceptionnel, l’alliance rare entre une érudition juridique profonde, un engagement pédagogique de longue haleine et une action publique décisive au service de l’État de droit en Afrique. Né le 13 mai 1939 à Cové au Bénin, sa formation, d’une rigueur et d’une ampleur remarquables, a jeté les bases d’une carrière multidimensionnelle. Après des études secondaires au Lycée Victor Ballot de Porto-Novo, il poursuit un cursus supérieur en France, à Bordeaux puis à Paris, où il obtient une licence en droit public en 1964. Son parcours académique est marqué par une curiosité intellectuelle insatiable, couronnée par une série de diplômes d’études supérieures en droit public, droit privé et sciences criminelles, ainsi que par le certificat d’aptitude à la profession d’avocat. Auditeur à l’Académie de droit international de La Haye en 1963, il s’imprègne très tôt des enjeux du droit mondial.
Sa carrière académique débute en France, où il est assistant à la Faculté de droit et sciences économiques de l’Université de Paris, future Paris I Panthéon-Sorbonne, de 1968 à 1973. Il y participe à des enseignements radiodiffusés, dirige des travaux pratiques et contribue à des recherches pionnières en informatique juridique au Laboratoire d’informatique de droit international, préparant le *Recueil général des traités et accords de la France*. De retour au Bénin en octobre 1973, il déploie une activité professorale et institutionnelle fondatrice. Enseignant à la Faculté des sciences juridiques, économiques et politiques et à l’École nationale d’administration, il couvre un spectre impressionnant de disciplines, du droit constitutionnel à l’arbitrage international. Élu doyen de la faculté en 1978, il est réélu à quatre reprises, dirigeant cette institution jusqu’en 1991. C’est sous son impulsion qu’un enseignement spécifique sur les droits de l’homme est créé en 1983, témoignant de son engagement précoce pour ces questions.
Son rayonnement scientifique dépasse largement les frontières de l’université. Expert-consultant pour de nombreuses organisations internationales, il met sa science juridique au service du développement et de la paix. Dès 1977, il est expert-juriste de l’OUA pour la rédaction du projet de convention sur le mercenariat. Il contribue aux travaux de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique sur le droit de l’environnement et participe activement, en tant que rapporteur à un séminaire régional à Dakar en 1978, au processus d’élaboration de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Membre fondateur et actuel président de l’Association africaine de droit international, il a également siégé dans les comités scientifiques de nombreuses revues et encyclopédies juridiques. Son expertise est sollicitée sur des sujets aussi variés que les réformes judiciaires, la démocratisation, le droit du développement ou la diversité culturelle, pour le compte d’institutions comme la Banque mondiale, le PNUD, l’UNESCO ou la CEDEAO.
L’homme de cabinet et l’homme d’État complètent le portrait de l’universitaire. Avocat au barreau de Paris de 1969 à 1973, puis au barreau du Bénin à son retour, il en sera même le bâtonnier en 1989. Cette pratique du droit, nourrie par une spécialisation en contentieux bancaire et en arbitrage international, lui donne une compréhension concrète des mécanismes juridiques. Sa carrière publique au plus haut niveau commence lorsqu’il est nommé ministre des Affaires étrangères du Bénin, fonction qu’il occupepe avec autorité. Il accède ensuite à la présidence de la Cour constitutionnelle du Bénin, garant suprême de la loi fondamentale et des droits des citoyens, incarnant ainsi la transition idéale entre la réflexion théorique et la responsabilité juridictionnelle.
Certains de ses mandats illustrent particulièrement son statut de sage et de médiateur respecté sur la scène continentale. Il a présidé le Comité des éminents juristes africains chargé de proposer des solutions à l’Union africaine sur l’épineux dossier de l’ancien président tchadien Hissène Habré, avant d’en devenir le représentant spécial auprès du gouvernement sénégalais pour conduire la procédure de 2006 à 2012. Il a également dirigé les travaux du comité chargé de l’élaboration de la Convention africaine sur la bonne gouvernance et la démocratie.
Robert S.M. Dossou est donc bien plus qu’un juriste. Il est un bâtisseur d’institutions, un passeur de savoir, un conseiller des États et des organisations internationales, et un artisan du droit comme instrument de progrès, de démocratie et de justice en Afrique. Son parcours, tissé de fils académ académiques, professionnels et publics, dessine la figure d’un humaniste du droit, dont la vie et l’œuvre continuent d’inspirer les générations actuelles et futures. Sa participation à la World Policy Conference en 2023 à Abou Dabi s’inscrit dans la continuité de cette réflexion permanente sur les grands équilibres mondiaux, portée par une expérience et une sagesse accumulées au fil de décennies d’engagement au service du droit et de la paix.
Hugues Hector ZOGO

