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Il existe au Bénin une étrange maladie institutionnelle dont personne ne parle vraiment. Une maladie silencieuse, discrète, presque élégante dans sa manière de se manifester. Elle ne détruit pas les idées ; elle les endort. Elle ne combat pas les projets ; elle les immobilise. Elle ne refuse pas les initiatives ; elle les laisse simplement mourir à petit feu dans les profondeurs des bureaux administratifs. Et pendant que les dossiers s’empilent sous la poussière des procédures, le pays continue de chercher des solutions aux problèmes que ces mêmes projets auraient peut-être contribué à résoudre.

La question mérite d’être posée avec gravité : qui a intérêt à ce que les bonnes idées ne servent jamais le Bénin ? Qui peut raisonnablement s’opposer à une réflexion visant à améliorer le système éducatif national ? Qui peut considérer comme inutile une démarche scientifique destinée à rendre les apprenants plus autonomes, plus entreprenants, plus confiants et davantage capables de se prendre en charge ? Ces interrogations deviennent légitimes lorsque l’on observe le sort réservé depuis plusieurs années au projet porté par le Dr Jean Libérat Bernard Joseph TANIMOMO. Un projet ambitieux, méthodiquement construit, fondé sur des recherches scientifiques rigoureuses et pourtant enfermé dans un silence qui interroge.

Car il ne s’agit pas ici d’une simple opinion ou d’une proposition improvisée au détour d’une conversation. Le document élaboré par le Dr TANIMOMO constitue une réflexion approfondie sur les limites de l’Approche par les Compétences (APC), appliquée depuis plusieurs décennies dans les systèmes éducatifs africains. Son point de départ est simple mais fondamental : former des apprenants compétents ne suffit pas si ces derniers ne développent pas la confiance en eux nécessaire pour transformer leurs connaissances en actions concrètes.

L’idée est d’une redoutable pertinence. Depuis des années, le Bénin produit des diplômés. Chaque année, des milliers de jeunes quittent les écoles, collèges, lycées et universités. Certains disposent de solides connaissances théoriques. Beaucoup obtiennent des diplômes honorables. Pourtant, une question demeure : combien sont réellement préparés à créer leur propre activité ? Combien possèdent la confiance nécessaire pour entreprendre ? Combien sont capables de transformer leurs savoirs en projets économiques ou sociaux créateurs de valeur ? C’est précisément à cette interrogation que le projet du Dr TANIMOMO tente de répondre.

La démarche est d’autant plus intéressante qu’elle ne remet pas en cause l’APC dans son principe. Elle cherche plutôt à l’enrichir. Selon son auteur, l’apprentissage des savoirs et des compétences techniques doit être complété par un travail systématique sur la confiance en soi, l’autodétermination, la persévérance, le courage et la capacité d’agir. En d’autres termes, il ne suffit pas de savoir ; il faut croire que l’on peut faire. Voilà une nuance que beaucoup de politiques éducatives ignorent encore.

La force du projet réside également dans son public cible. Il ne s’adresse pas uniquement aux apprenants. Il concerne les enseignants, les encadreurs pédagogiques, les décideurs du système éducatif et, au-delà, toute la Nation béninoise. Son ambition est de transformer progressivement la culture éducative afin de faire émerger des générations capables de s’auto-employer, de créer des emplois et de contribuer activement au développement national.

Dès lors, une autre question surgit. Pourquoi un tel projet n’a-t-il pas bénéficié de l’attention qu’il mérite ? Pourquoi les institutions approchées semblent-elles avoir répondu par un silence dont la durée devient elle-même une forme de réponse ? Faut-il comprendre que le système éducatif n’a pas besoin de nouvelles idées ? Faut-il considérer que tout fonctionne parfaitement et qu’aucune amélioration n’est nécessaire ? L’augmentation du chômage des diplômés, les difficultés d’insertion professionnelle et les nombreuses interrogations sur l’adéquation formation-emploi devraient pourtant inciter à examiner sérieusement toute proposition crédible.

Le plus étonnant est que le projet ne demande pas la révolution. Il propose une évaluation. Une réflexion. Une expérimentation. Autrement dit, il demande au système éducatif de se regarder lui-même avec honnêteté. Or, c’est précisément ce type d’exercice qui semble parfois susciter les plus grandes résistances. Les institutions acceptent volontiers les diagnostics lorsqu’ils viennent de l’extérieur. Elles les accueillent avec davantage de prudence lorsqu’ils sont formulés par des citoyens, des chercheurs ou des universitaires animés par le seul souci de servir leur pays.

Le cas du Dr TANIMOMO révèle ainsi une contradiction profonde de nos sociétés. Nous encourageons les intellectuels à produire des idées. Nous les invitons à réfléchir. Nous les exhortons à proposer des solutions. Puis, lorsqu’ils le font effectivement, nous leur offrons le plus souvent une récompense singulière : l’attente. Une attente interminable. Une attente qui finit parfois par ressembler à une forme polie de découragement.

À bien y regarder, ce n’est pas seulement le Dr TANIMOMO qui souffre aujourd’hui de cette situation. C’est également le pays qui en supporte les conséquences. Car lorsqu’une idée pertinente n’est pas étudiée, c’est une opportunité qui disparaît. Lorsqu’un projet novateur n’est pas expérimenté, c’est un progrès potentiel qui s’éloigne. Lorsqu’un chercheur se heurte durablement à l’indifférence institutionnelle, c’est un signal négatif envoyé à tous ceux qui pourraient être tentés d’innover demain.

Il serait pourtant injuste de réduire cette affaire à une simple question administrative. Elle renvoie à un enjeu beaucoup plus profond : la place accordée à l’intelligence collective dans la construction des politiques publiques. Un pays progresse lorsqu’il sait écouter ses chercheurs, ses enseignants, ses praticiens et ses innovateurs. Il progresse lorsqu’il accepte de confronter ses certitudes à de nouvelles idées. À l’inverse, lorsqu’il se contente de gérer l’existant sans nourrir l’innovation, il risque progressivement de transformer la prudence en immobilisme.

Le plus ironique dans cette histoire est que les objectifs poursuivis par le projet rejoignent précisément les ambitions affichées par les politiques publiques. Tout le monde parle aujourd’hui d’employabilité, d’entrepreneuriat, d’innovation, de créativité et d’autonomisation des jeunes. Or le projet du Dr TANIMOMO se situe exactement sur ce terrain. Il cherche à comprendre pourquoi certains apprenants, malgré leurs connaissances, peinent à passer à l’action, et comment développer chez eux la confiance nécessaire pour entreprendre. Refuser d’examiner sérieusement une telle proposition reviendrait à ignorer un outil susceptible de contribuer à l’atteinte des objectifs nationaux.

La vérité est que le Bénin a besoin d’un nouveau souffle éducatif. Non pas parce que tout est à reconstruire, mais parce que les défis du XXIe siècle exigent des réponses nouvelles. Former des jeunes capables d’obtenir un diplôme est une nécessité. Former des jeunes capables de créer des opportunités pour eux-mêmes et pour les autres, constitue désormais une urgence nationale.

Le parcours du Dr TANIMOMO mérite à cet égard le respect. Depuis plusieurs années, il porte cette réflexion avec constance. Il n’a ni manifesté dans les rues ni recherché la polémique. Il a choisi la voie de la recherche, de l’argumentation scientifique et de la proposition constructive. Son combat n’est dirigé contre personne. Il est orienté vers une seule ambition : servir le Bénin à travers l’amélioration de son système éducatif.

Cette contribution constitue le premier volet d’une série d’articles consacrés à ce dossier. Dans les prochaines publications, nous reviendrons en détail sur les fondements scientifiques du projet, sur les innovations pédagogiques qu’il propose, sur les enjeux institutionnels qu’il soulève et sur les raisons pour lesquelles il mérite d’être sérieusement examiné dans l’intérêt supérieur de la jeunesse béninoise et de l’avenir national.

Hugues Hector ZOGO

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