Le vendredi 08 mai 2026 restera, à n’en point douter, comme une date charnière dans l’histoire récente de la décentralisation béninoise. À l’Hôtel de Ville d’Abomey, s’est tenue une rencontre à forte portée symbolique et stratégique entre deux figures de l’action publique locale : Franck Mètolé Kpassassi, maire de la cité royale, et Christian Mawugnon Houétchénou, maire de Ouidah. L’objet de cette séance de travail : poser les fondements d’une convention de coopération intercommunale appelée à structurer durablement les rapports entre deux territoires majeurs de la mémoire nationale.
Au-delà du protocole, cette rencontre s’inscrit dans une dynamique de recomposition territoriale où les collectivités locales, loin de se limiter à un rôle administratif, s’affirment désormais comme des acteurs stratégiques du développement. L’ambition affichée est claire : faire du patrimoine historique et culturel un levier structurant de croissance économique, de rayonnement international et de cohésion nationale.
Une convergence territoriale autour du patrimoine comme ressource stratégique
Les échanges entre les deux délégations ont permis d’identifier des axes de coopération à forte valeur ajoutée : tourisme mémoriel, ingénierie des circuits patrimoniaux, coopération institutionnelle, mobilisation de partenaires techniques et financiers, mais aussi valorisation des identités historiques communes. Ces domaines, loin d’être juxtaposés, participent d’une même logique systémique : celle de la construction d’une chaîne de valeur patrimoniale intégrée.

Dans cette perspective, la date du 14 mai 2026, retenue pour la signature officielle de la convention, apparaît comme un jalon décisif. Elle marquera le passage d’une intention politique à une opérationnalisation concrète, inscrite dans une logique de gouvernance territoriale concertée.
Mais c’est surtout la séquence de terrain qui confère à cette initiative toute sa profondeur. La visite conjointe des sites du Musée des Rois et des Amazones du Danxomè (MuRAD) et de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) a permis de donner corps à cette ambition, en ancrant le discours politique dans une réalité matérielle et scientifique.
Le MuRAD : une infrastructure muséale au cœur d’un récit national renouvelé
À Abomey, ancienne capitale du royaume du Danxomè, le chantier du MuRAD s’impose comme une infrastructure culturelle de nouvelle génération. Conçu selon des standards muséographiques contemporains, ce projet vise à reconfigurer le récit historique autour des figures royales et des Amazones, dans une logique de médiation culturelle immersive.
Espaces d’exposition scénographiés, dispositifs d’interprétation, parcours narratifs, infrastructures d’accueil : tout concourt à faire du MuRAD un pôle d’attractivité capable de capter un public national et international. Mais au-delà de l’architecture, c’est une véritable ingénierie mémorielle qui est à l’œuvre, articulant conservation, transmission et valorisation.

Franck Mètolé Kpassassi, en maître d’ouvrage territorial, a su exposer avec précision les enjeux de cette infrastructure. Toutefois, c’est dans le regard porté par son homologue de Ouidah que le projet prend une dimension nouvelle. Car Christian Mawugnon Houétchénou ne se contente pas d’observer : il projette, il articule, il intègre.
Christian Mawugnon Houetchénou : architecte d’une vision territoriale intégrée
C’est en effet du côté de Ouidah que se révèle la profondeur stratégique de cette initiative. Ville-monde, carrefour des mémoires, point nodal de la traite négrière transatlantique, Ouidah incarne une dimension universelle du patrimoine béninois.
Dans ce contexte, Christian Mawugnon Houétchénou apparaît comme un acteur de premier plan dans la redéfinition des politiques culturelles territoriales. Sa participation à cette séquence ne relève ni du symbolique ni du circonstanciel : elle procède d’une stratégie structurée, fondée sur une lecture fine des enjeux contemporains du tourisme culturel.
Son approche repose sur un principe fondamental : la continuité narrative. En articulant le récit historique du Danxomè, depuis ses centres de pouvoir à Abomey jusqu’à son aboutissement tragique à la Porte du Non-Retour à Ouidah, il propose une reconfiguration spatiale et symbolique du territoire. Cette mise en récit territoriale constitue un outil puissant de différenciation dans un marché touristique globalisé.

Plus encore, Christian Mawugnon Houétchénou inscrit cette démarche dans une logique de diplomatie territoriale. En positionnant Ouidah comme un hub culturel et mémoriel, il ouvre la voie à des partenariats internationaux, à des coopérations décentralisées et à des investissements structurants.
Sa capacité à mobiliser les concepts d’ingénierie culturelle, de gouvernance patrimoniale et de marketing territorial témoigne d’une maîtrise des outils contemporains de l’action publique. Il ne s’agit plus simplement de gérer un héritage, mais de le transformer en actif stratégique.
IFAN : vers une professionnalisation de la chaîne de valeur patrimoniale
La visite du site de l’IFAN a permis d’introduire une dimension technique essentielle : celle de la conservation et de la gestion scientifique des collections. Appelé à accueillir les réserves du MuRAD ainsi que son bloc administratif, ce site constitue un maillon clé de l’écosystème muséal en construction.
Les dispositifs de conservation préventive, les normes de stockage, les protocoles de gestion : autant d’éléments qui garantissent la pérennité des œuvres et la crédibilité scientifique du projet. Cette étape a également mis en lumière la nécessité d’une montée en compétence des acteurs locaux, dans une logique de professionnalisation du secteur.

Là encore, la convergence entre Abomey et Ouidah est manifeste. Les deux collectivités partagent une même volonté : structurer une filière patrimoniale complète, allant de la conservation à la médiation, en passant par la valorisation économique.
Une initiative en phase avec la vision nationale
Cette coopération intercommunale ne peut être dissociée du contexte politique national. À l’approche de l’entrée en fonction de Romuald Wadagni, prévue le 24 mai 2026, elle apparaît comme une déclinaison territoriale de la vision portée par le futur chef de l’État.
En effet, le projet Abomey–Ouidah illustre une appropriation locale des orientations nationales : faire du développement territorial un pilier de la transformation économique du pays. En articulant patrimoine, tourisme et gouvernance, les deux maires traduisent concrètement cette ambition.
Mais là où cette initiative se distingue, c’est dans sa capacité à anticiper. En se positionnant en amont de la nouvelle séquence politique, Christian Mawugnon Houétchénou démontre une aptitude à inscrire l’action locale dans une temporalité stratégique, en phase avec les mutations nationales.
Le circuit Abomey–Ouidah : une infrastructure immatérielle à fort potentiel
Au cœur de cette coopération se trouve un projet structurant : la création d’un circuit patrimonial intégré entre Abomey et Ouidah. Il ne s’agit pas d’un simple itinéraire touristique, mais d’une véritable infrastructure immatérielle, fondée sur une narration cohérente et immersive.
Ce circuit permettrait de retracer l’histoire du Danxomè dans toute sa complexité : puissance politique, organisation sociale, résistance, mais aussi tragédie de la traite négrière. En proposant une lecture continue du territoire, il offre une expérience unique, susceptible de répondre aux attentes d’un public en quête de sens.
Les retombées économiques attendues sont significatives : création d’emplois directs et indirects, développement des services, attractivité accrue, dynamisation des économies locales. Mais au-delà des chiffres, c’est une revalorisation de l’identité nationale qui est en jeu.
Une communication politique maîtrisée et assumée
Il serait naïf de dissocier cette initiative de sa dimension communicationnelle. Dans un contexte de transition politique, chaque acte public est porteur de messages. Et en la matière, Christian Mawugnon Houétchénou fait preuve d’une maîtrise remarquable.
En s’inscrivant dans une logique de partenariat, en articulant son discours avec les enjeux nationaux, en mobilisant des concepts techniques, il construit une image de leader moderne, capable de conjuguer vision et opérationnalité.
Sa posture, à la fois diplomatique et stratégique, lui permet de se positionner comme un interlocuteur crédible, tant au niveau national qu’international. Il ne subit pas les dynamiques en cours : il les anticipe, les structure, les incarne.

Le patrimoine comme moteur du Bénin nouveau
Au terme de cette séquence, une évidence s’impose : le patrimoine est en train de devenir un moteur central du développement territorial au Bénin. Longtemps perçu comme un héritage à préserver, il est désormais envisagé comme un capital à valoriser.
En s’engageant dans cette voie, Abomey et Ouidah ouvrent la voie à un modèle de développement fondé sur l’identité, la mémoire et la culture. Mais c’est surtout l’approche portée par Christian Mawugnon Houétchénou qui donne à cette initiative toute sa portée.
En faisant du patrimoine un outil de projection stratégique, en articulant les échelles locale et nationale, en mobilisant les ressources matérielles et immatérielles, il incarne une nouvelle génération de décideurs publics.
À l’heure où le Bénin s’apprête à entrer dans une nouvelle ère politique, cette coopération apparaît comme un signal fort : celui d’un pays qui choisit de s’appuyer sur son histoire pour construire son avenir, et de ses territoires pour porter son ambition.
Hugues Hector ZOGO

